ACTE PREMIER
MADAME GODEFROY
Comme vous êtes tourmenté! votre temps ne vous appartient plus; je vous quitte, car je suis importune comme les autres. J'ai fait apporter à votre intention, en venant à Paris, quelques petites provisions d'hiver : vous voudrez bien les accepter, n'est-ce pas? entre autres, des confitures que votre père adore, et que j'ai faites moi-môme. Tâchez que ce ne soit pas, comme l'année dernière, vos domestiques qui les mangent.
ANDRÉ
J'y veillerai, chère madame, car, moi aussi, j'adore les confitures, (n prend son mouchoir.)
MADAME GODEFROY
Regardez donc votre mouchoir!
ANDRE, voyant son mouchoir décliiré.
Si -tous voyiez ceux de mon père, c'est bien autre chose!
MADAME GODEFROY
Je suis ridicule, peut-être, mais ces choses-lk me désolent.
Enfin I... Adieu. (EUe va pour sortir. Se ravisant.) VoUS êteS SÛr qUC
le comte ne fait pas la cour* à madame de Chàvry?
J'en suis sûr; ce serait la première chose qu'il m'aurait écrite.
MADAME GODEFROY, très-contente.
Allons, au revoir, mon cher monsieur André... N'oubliez pas votre promesse.
ANDRÉ
Soyez tranquille, chère madame, et merci mille fois pour
cette bonne visite! (au moment où madame Godefroy sort, de Tournas se précipite du dehors, prend un battant de la porte, le tient ouvert et salue obséquieusement madame Godefroy. Elle salue et sort. U entre.)
222 UiN PÈRE PKODIGUE.