‹ Comédies et comédiens, feuilletons. 2. sérChapitre 13 sur 245 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

MADAME GERVAIS

En cravate blanche et en bas de soie ! Cela prouve quo vous n'êtes pas rentré hier au soir.

LUCIEN

Je l'ai oublié.

MADAME GERVAIS

Vous avez une jolie mine !

LUCIEN, s'asseyant.

11 faut bien que jeunesse se passe.

MADAME GERVAIS

Elle se passera vite, à ce train-là.

LUCIEN

Eh bien, et vous ?

MADAME GERVAIS

Moi?

LUCIEN

Oui ; où alliez-vous, hier au soir, du côté du faubourg Saint-Denis ?

J'allais au faubourg Saint-Denis.

LUCIEN

Quoi faire?

MADAME GERVAIS

J'allais porter de la broderie au magasin qui fait le coin du boulevard.

LUCIEN

Qui avait fait cette broderie ?

MADAME GERVAIS

Qui? Clara, ma nièce, vous le savez bien.

LUCIEN

Ça ne doit pas se vendre cher, la broderie?

MADAME GERVAIS

Si les gens comme vous, qui donnent si facilement de l'argent à des femmes qui ne font rien, savaient ce qu'il faut de peine à une femme qui travaille pour gagner vingt francs, ils auraient des remords, ma parole d'honneur! Leur seule excuse, c'est qu'ils l'ignorent.

LUCIEN

Vendez-moi de la broderie, je ne demande pas mieux que d'en acheter.

MADAME GERVAIS

On ne vous en offre pas.

Puisque j'en ai besoin.

MADAME GERVAIS

Vous ? et pour qui ?

LUCIEN

Pour ces dames qui ne font rien. Je les solderai en marchandises au lieu de les solder en espèces ; elles seront furieuses. Non, je ne plaisante pas; vendez-moi des cols et des manchettes, j'en ai vraiment besoin; j'ai une commande; je vous les payerai ce qu'ils vaudront. Donnez-moi la préférence.

MADAME GERVAIS

Je suis maligne, monsieur Lucien.

LUCIEN

Vous êtes femme.

MADAME GERVAIS

Je l'ai été tout au plus, et je vois bien que vous êtes bon.

LUCIEN

Il n'y a que les imbéciles qui ne sont pas bons.

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