ALBERTINE, DE TOURNAS
ALBERTINE
Il n'est pns content, le bourgeois!
Moi, j'ai l'idée qu'il est en train de se ruiner.
ALBERTINE
Vous croyez qu'André se ruine?
DE TOURNAS
Je le vois souvent de mauvaise humeur depuis quelque temps.
ALBERTINE
Cela ne prouve rien. Les gens qui se ruinent sont tou-
jours gais. C'est lorsqu'ils sont ruinés qu'ils sont de mauvaise humeur.
DE TOURNAS
- Vous en avez vu beaucoup dans cet état-là?
ALBERTINE
Non. Quand ils étaient dans cet' état-là, je ne les voyais plus.
DE TOURNAS
Et Lorédan, qu'est-ce que vous en avez fait?
ALBERTINE
Vous avez connu Lorédan? Quel gentil garçon!
DE TOURNAS
Je vous ai vue quelquefois chez lui, dans son petit hôtel de la rue Chauchat.
On s'amusait, alors !
DE TOURNAS
Il y a dix ans !
ALBERTINE
J'en avais quinze.
DE TOURNAS
Hum!...
ALBERTINE
Vous avez quelque chose dans la gorge?... ,
DE TOURNAS
J'ai avalé de travers.
ALBERTINE
Il faut bien dire de ces choses-là. Tout le monde n'a pas les amygdales aussi sensibles que vous. Mais vous qui plaisantez les autres, vous n'êtes pas un enfant. (Montrant les cheveux de Tournas.) Il y a du petit-gris là-de^ous.