ACTE DEUXIÈME. 2s
LA MARQUISE
Poltron !
HÉLÈNE, au comte et s'approchant de lui.
Qu'est-ce que vous dites là?
Nous parlons de la partie de demain.
HÉLÈNE
Elle tient donc toujours?
LE COMTE
Plus que jamais.
HÉLÈNE
Vous y avez pensé ?
LE COMTE
Je n'ai pensé qu'à cela.
HÉLÈNE
Alors, demain, nous allons déjeuner à Trcport, et nous revenons en bateau le soir.
LE COMTE
C'était le programme.
HÉLÈNE
Vous voyant partir pour Paris, je pensais que vous l'aviez oublié.
LE COMTE
Je ne suis allé à Paris que pour l'exécuter.
HÉLÈNE
Qu'est-ce que Paris doit donc faire là dedans?
LE COMTE
Beaucoup ; il fallait bien commander le déjeuner.
Vous l'avez commandé à Paris?
LE COMTE
Naturellement.
DE NATON.
Et le bateau aussi?
LE COMTE
Non ; le bateau, je l'ai commandé autre part.
DE NATON.
Ici?
LE COMTE, à de Naton.
Voyons, jeune homme, comment vous y seriez-vous pris pour mener par mer, demain, à Tréport, la marquise et sa nièce qui avaient la fantaisie d'y aller, d'y déjeuner et de revenir par le même chemin ?
DE NATON.
C'est bien simple. J'aurais appelé un pêcheur, je lui aurais loué son bateau, il nous aurait menés ii Tréport. J'aurais commandé le déjeuner dans un hôtel ou dans un restaurant, il ne doit pas en manquer; j'aurais fait visiter Tréport à ces dames, pendant qu'on aurait préparé le déjeuner, et je les aurais ramenées après.
LE COMTE
Ainsi, vous feriez monter des femmes comme il faut dans un bateau qui sent le poisson et le goudron, vous les feriez entrer dans un hôtel ou un restaurant qui sent le bouillon et la pipe, et vous croiriez avoir fait ce qu'elles vous auraient demandé?
11 n'y a pas d'autre moyen.
LE COMTE
Voici ce qu'on aurait fait de mon temps : on aurait adressé à Ratsey, le grand constructeur anglais, à Cowes, une dépêche pour lui demander d'expédier immédiatement, avec ses hommes d'équipage, un des yachts qu'il a toujours à sa