SCÈNE V
Les Mêmes, ANDRÉ.
ANDRÉ
Est-il encore temps de se présenter, madame?...
LA MARQUISE
Voilà huit ans que l'on ne vous a vu, et un mois que l'on vous attend. Quelle excuse avez-vous à donner?
ANDRÉ
Je n'en ai pas.
C'est la meilleure. On vous pardonne. (Eiie présente de Ligne-
raye.) M. de LignerayO... (Les deux hommes se saluent.)
HELENE, au comte, pendant qu'André baise la main de sa tante et donne des poignées de main ù de Naton, qui lui cache Hélène.
Ne bougez pas, je suis curieuse de voir s'il me reconnaîtra.
xVGTE DEUXIÈME. 289
LA MARQUISE
Vous voyez l'occupation de votre père; il passe sa vie ainsi. Il n'a même pas entendu annoncer son fils.
ANDRÉ
Mademoiselle Hélène non plus!
LA MARQUISE
Vous la reconnaissez donc?
ANDRÉ
Je suppose que c'est elle parce que je la vois là, car elle est bien changée. J'ai quitté une enfant, et je retrouve une femme. Décidément, mon père est un homme de goût.
HÉLÈNE
Ils parlent de nous.
LE COMTE
Positivement.
LA MARQUISE
Voyons,... pourquoi ne vousa-t-on pas revu plus tôt?...
Tous les jours je voulais partir, et tous les jours j'étais retenu...
LA MARQUISE
Par le cœur?
ANDRÉ
Oh! Dieu, non !
LA MARQUISE
Cependant, le cœur doit être héréditaire dans la famille... Ce n'est pas ce qui manque au comte.
ANDRÉ
Mon père en a plus que moi.
LA MARQUISE
C'est un être excellent !