ACTE TROISIÈME
LE COMTE
Mademoiselle de Brignac n'a jamais eu k préférer l'un à l'autre; elle n'a jamais entendu parler que de l'amour d'André, et c'est moi...
DE TOURNAS
Vous n'empêcherez pas les gens de causer, cher ami, surtout d'un homme aussi en vue que vous. Eh bien, on causait, et il y avait deux camps. Les uns disaient que mademoiselle de Brignac avait eu raison d'épouser le fils ; les autres, Albertine était du nombre, et, du reste, elle l'avait bien prouvé antérieurement, soutenaient qu'ils auraient préféré le père... — moi, je suis aussi de cet avis-là... — quand une femme, très-jolie, ma foi, se rangeant de notre côté, ajouta que la jeune femme, à force de vivre avec vous deux, reconnaîtrait un jour son erreur, et regretterait d'avoir préféré l'un à l'autre, et que, tôt ou tard, il y aurait brouille entre le père et le fils... Pour ma part, j'ai soutenu le contraire, parce qu'il faut toujours défendre ses amis; mais, de vous à moi, je la crois dans le vrai, et, quand vous m'avez dit, tout à l'heure, que vous veniez d'avoir une discussion avec votre fils... ma foi ! ...
LE COMTE
Mais cette discussion n'avait aucun rapport...
DE TOURNAS
Parbleu ! vos discussions n'auront jamais lieu pour la cause véritable; mais tout servira de prétexte... Vous direz ce que vous voudrez... André est jaloux de vous.
LE COMTE
Jaloux de moi?... Vous rêvez!...
I)E TOURNAS
Et vous, vous êtes plus malin que vous ne voulez en avoir l'air.
LE COMTE
Plus malin... Je veux être pendu si je comprends un mot de ce que vous me dites.
DE TOURNAS
Vous faites votre coquet, et, le jour oiî vous vous apercevrez qu'André perd à la comparaison... eh bien, ce jour-là vous ne serez pas fâché de votre découverte.
LE COMTE
Vous êtes fou, mon cher!
DE TOURNAS
Soit!... mais voulez-vous faire un pari?...
LE COMTE
Un pari ?
DE TOURNAS
Oui... un pari avec moi... pas cher... parce que je ne suis pas riche, et c'est malheureux... car je pourrais vous gagner une grosse somme...
LE COMTE
Après?...
Votre fils, en s'en allant, était de mauvaise humeur ?
LE COMTE
C'est vrai.
DE TOURNAS
Devez-vous le revoir aujourd'hui ?
LE COMTE
Il va revenir tout à l'heure.
DE TOURNAS
Eh bien, je vous parie vingt-cinq louis que, si vous lui dites : « Je pars pour un voyage d'un an, » sans lui dire la cause ni le but du voyage, je parie que non-seulement il