‹ Comédies et comédiens, feuilletons. 2. sérChapitre 208 sur 245 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

ALBERTINE

J'irai à la cave moi-môme. (Joseph sort. — a de xaton.) Je vous demande pardon... Vous disiez?...

DE NATON.

Ainsi, vous ne m'avez jamais aimé?

ALBERTINE

Jamais, mon ami.

Vous me l'avez dit, cependant...

ALBERTINE

Que je vous aimais?... Oh! oui, on dit ces choses-là... mais cela ne signifie rien. Une femme n'aime qu'un homme qu'elle reconnaît supérieur aux autres et à elle-même, soit par l'esprit, soit par le cœur, soit par le caractère; mais des hommes comme vous, mon cher de Naton, il ne faut pas vous le dissimuler, il y en a partout!... Celui-ci est la photographie de celui-là, et la nature en tire autant d'épreuves qu'elle veut, sans se fatiguer le moins du monde!...

DE NATON.

Mais, moi, je vous aimais !

ALBERTINE

Non ; vous êtes venu chez moi pour faire comme les autres. Un homme d'un certain cercle doit pouvoir dire à une certaine heure, en passant la main dans ses cheveux : « Je vais chez ïitine ou chez Loulou ! » Vous ne pouvez plus venir chez Titine, allez chez Loulou. Ce sera exactement la même chose. Lorsque vous aurez fait cet exercice-là pendant dix ans, vous serez ruiné, mais vous aurez un surnom à votre tour, et l'on vous appellera « Bibi ». Allez-vous-en donc, c'est ce que vous avez de mieux à faire, et, si la leçon vous profite, vous n'aurez pas à vous en plaindre. Cinquante mille francs, ça n'aura pas été cher ! Avez-vous encore quelque chose à me dire?...

DE NATON.

Ma mère a payé mes dettes... je vais donc retrouver autant d'argent que je voudrai... Si je vous disais...

Alors, mes belles paroles ne servent de rien?

DE NATON.

Écoulez-moi...

ALBERTINE

Inutile. Je ne veux ni ne peux recevoir personne;

DE NATON.

C'est votre dernier mot ?

ALBERTINE

Non, c'est l'avant-dernier ; le dernier, c'est adieu !...,

DE NATON.

Décidément?...

ALBERTINE

Décidément.

DE NATON.

Eh bien, je vais chez Loulou.

ALBERTINE

Allez chez Loulou, c'est une bonne idée.

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