‹ Comédies et comédiens, feuilletons. 2. sérChapitre 217 sur 245 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

ALBERT-INE

Non. Il vous a suffi de vous retrouver avec un ami de votre fils pour vous en apercevoir, et je n'ai besoin que de ce collier, moi, pour en être sûre! Si vous m'aimiez, vous m'estimeriez un peu et ne vous croiriez pas forcé de me faire de si riches présents; si vous m'aimiez, vous n'auriez pas jeté un regard si triste sur la porte par laquelle vient de s'en aller M. de Ligneraye, l'ami de ceux que vous aimez véritablement. Nous sommes gens d'esprit tous les deux, et nous nous comprenons à demi-mot. J'ai cru que vous m'aimiez, tandis que je n'étais pour vous qu'une distraction pendant un chagrin. Demain, ce chagrin aura disparu, et, moi, je deviendrai inutile! Permettez à mon amour-propre de ne pas attendre jusque-là; donnons-nous la main sans rancune... et adieu!...

LE COMTE

Je vous ennuie?

ALBERT INE

Quelle idée!

LE COMTE

Mais, si vous me quittez, que voulez-vous que je devienne?

ALBKRTINE.

Vous irez voir votre fils. Ce n'est pas loin, puisqu'il est à Fontainebleau.

LE COMTE

Vous savez donc?...

ALBERT INE

Je sais tout, mon pauvre ami !

LE COMTE

Alors, M. de Ligneraye est venu ici, comme je m'en doutais, pour se môler?...

Des choses qui regardent vos amis, en somme. Allez donc tout simplement trouver votre fils, car il paraît que c'est vous m. 21

qui lui devez la première visite. Prenez-en votre parti. C'est votre fils; vous n'aimez que lui dans le monde; allez le retrouver et demandez-lui pardon...

LE COMTE

Que j'aille demander pardon à mon fils! vous plaisantez, ma chère Albertine !

ALBERTINE

Je ne plaisante pas; vous ne pensez qu'à lui! Le jour où vous vous rencontrerez, vous vous jetterez dans les bras l'un de l'autre ; autant vous y jeter tout de suite.

LE COMTE

Vous vous trompez; tout est fini entre mon fils et moi. Il est des sentiments si délicats, que, comme l'hermine, une seule tache les lue. Mon fils est marié, il a trouvé le bonheur en dehors de moi, c'est à moi de trouver le bonheur en dehors de lui. Je n'ai plus que vous au monde, libre à vous de m'abandonner, je resterai seul, voilà tout, et votre départ ne changera rien à ma détermination ; vous avez bien vu comment j'ai reçu M. de Ligneraye.

ALBERTINE

Mais, supposons que je consente à rester, croyez-vous que votre fils me le permette?

LE COMTE

Et de quel droit vous en empècherait-il?

ALBERTINE

Du droit du plus fort.

Et par quel moyen ?

ALBERTINE

Tous les moyens sont bons avec mademoiselle Albertine, depuis, je ne dirai pas la calomnie, car malheureusement il n'v a pas besoin de me calomnier, mais depuis la vérité, que

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l'on vous répétera sans ce>se, jusqu'à l'insulte, qu'on n'aura besoin de me faire qu'une fois.

LE COMTE

L'insulte! On vous a menacée?

ALBERTINE

On m'a dit de m'attendre à tout ! Eh bien, une femme, n'importe laquelle, a toujours sa dignité, et dans quelle position me trouverai-je si votre fils m'insulte, et que vous preniez le parti de votre fils, — ce que vous serez forcé de faire?

LE COMTE

Si vous n'avez pas pour partir d'autre raison que celle que vous m'avez dite, restez. Je vous aime, et je vous défendrai contre quiconque vous insultera, fût-ce mon fils; je vous en donne ma parole d'honneur.

ALBE RTINE.

Je vous crois, et je resterai. Mais, pour plus de sûreté et pour éviter de plus grands malheurs, partons ensemble dès ce soir.

LE COMTE

Si vous voulez.

ALBERTINi:.

Allons, dites-moi que vous m'aimez!

LE COMTE

Je vous aime !

ALBERTTNE.

Mieux que cela.

LE COMTE, très-tendre.

Je vous aime !

ALBERTINE

A la bonne heure, vous avez vingt ans quand vous parlez ainsi! A mon tour de vous dire que je vous aime! mais de vous le dire bien bas, car se moqurrait-on assez de moi,

si l'on m'entendait. Je vous aimel Maintenant, monsieur, mettez ce vilain collier dans votre poche; je ne veux plus le voir. Pour sa punition, il payera les frais de route, (iis s'embrassent.)

DE TOURNAS, entrant, h part.

Heureux âge !

ALBERTINE

Mon cher Tournas, nous partons ce soir, le comte et moi. J'ai toute sorte d'emplètes à faire; vous allez m'accompagner ; je mets un chapeau, un châle, et je reviens. (Eiie

sort. )

A vos ordres, chère madame, à vos ordres!

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