SCÈNE VIII. LA MARQUISE, ARISTIDE
LA MARQUISE, d'un ton sec.
Je vous écoute, monsieur!
ARISTIDE
C'est à moi que madame la marquise fait l'honneur de parler ?
LA MARQUISE, même ton.
Oui, monsieur.
ARISTIDE
Madame la marquise est de mauvaise humeur.
LA MARQUISE
Oui, monsieur; pourquoi cela?
ARISTIDE
C'est que madame la marquise me parle sur un ton qui ne peut être dans ses habitudes de femme du monde, quand elle voit pour la première fois une personne qui n'a pas l'honneur d'être connue d'elle et qui s'est présentée d'une manière convenabl^.
LA MARQUISE, se radoucissant.
Excusez-moi.
ARISTIDE
Je VOUS excuse, madame. Du reste, ma profession de notaire et ma qualité d'ambassadeur m'interdisent toute susceptibilité exagérée ; c'est une simple remarque que je me permettais.
Je vous écoute, monsieur ; donnez-vous la peine de vous asseoir.
ARISTIDE , s'asseyant.
D'ailleurs, je serai concis, madame la marquise : c'est ce qu'il y a de mieux pour le genre de mission que j'ai à remplir. M. de Boisceny aime votre petite-fille et il attend, pour vous adresser sa demande, l'arrivée de sa mère et des papiers qui justifient de sa fortune et de sa position sociale. Voilà où en ^ont les choses ?
LA MARQUISE
Oui, monsieur.
ARISTIDE
C'est ici qu'il survient des difficultés.
LA MARQUISE, triomphante.
Il y en a donc ?
ARISTIDE
En aviez-vous prévu, madame?
LA MARQUISE
J'en soupçonnais tout au moins,
ARISTIDE
La seule pensée que vos soupçons se réalisent paraît vous enchanter, madame.
LA MARQUISE
Vous disiez donc, monsieur?