‹ Comédies et comédiens, feuilletons. 2. sérChapitre 81 sur 245 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

LA MARQUISE, à elle-même.

Qu'est-ce que tout cela signifie?

JACQUKS , allant à Hermine et lui tendant la main.

Bonjour, Hermine.

HERMINE, lui donnant la main.

Bonjour, Jacques; vous n'avez donc pas douté de moi?

JACQUES

Pas un seul instant.

HERMINE

Ni moi de vous.

LA MARQUISE

Est-ce que vous devenez follei', Hermine ?

Je ne crois pas, bonne maman.

LA MARQUISE

Que veut dire alors cette façon d'être avec monsieur?

HERMINE

Elle est toute simple : monsieur et moi, nous nous aimions, l'année dernière, nous nous le sommes dit, et j'ai juré à monsieur d'être sa femme comme il m'a juré d'être mon mari. Vous avez cru devoir vous opposer à notre mariage, sans me dire pourquoi, et je n'ai pu mettre aucun empêchement à votre volonté, puisque je suis mineure. D'ailleurs, vous êtes plus âgée que moi , vous avez l'expérience et je pouvais m'êlre trompée moi-même; vous agissiez en personne sensée; mais les gens comme monsieur et moi n'ont qu'une parole, et, quand ils l'ont donnée, c'est pour la vie. Après une année de séparation forcée, nous nous retrouvons chez mon oncle, chez votre frère, chez un homme honorable enfin, qui accueille monsieur comme un ami, ce qui est la preuve que monsieur est toujours digne au moins de mon estime. Nous nous tendons franchement la main devant tout le monde et

en toute confiance, ce qui me paraît plus convenable que d'attendre une occasion de nous parler, tout bas, dans un coin. Voilà, bonne maman, l'explication de ma conduite.

LA MARQUISE

Et peut-on savoir maintenant quels sont vos projets?

HERMINE

Oui, bonne maman : si vous me les aviez demandés plus tôt, je vous les aurais dits plus tôt. Mes projets sont d'épouser M. Jacques Vignot, puisque je l'aime toujours, comme je voulais épouser M. Jacques de Boisceny; ce n'est plus le même nom, mais c'est le même homme.

Et quand comptez-vous épouser monsieur?

HERMINE

Quand vous ne pourrez plus faire autrement, grand'mêre, que de vous laisser convaincre.

LA MARQUISE

C'est bien, mademoiselle; mais jusque-là?

HERMINE

Jusque-là, bonne maman, vous me remettrez, je pense, au couvent où j'étais encore ce matin, et vous aurez bien raison; car, outre qu'il vous serait sans doute désagréable d'avoir sans cesse auprès de vous une petite fille aussi désobéissante que moi, de mon côté, c'est l'endroit où je désire le plus rester, jusqu'à vingt et un ans, ayant le grand désir d'apprendre toutes les choses utiles que je ne sais pas encore,

LA MARQUISE

Alors, si vous voulez, nous partirons tout de suite; car mon avis à moi est que votre place n'est plus ici.

HERMINE

Je suis à vos ordres, bonne maman.

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