‹ Comédies et proverbesChapitre 251 sur 304 · ACTE Ul , SCÈNE I. «T · texte numérisé non relu

ACTE Ul , SCÈNE I. «T

tout à l'heure de tous les côlés du jardin. Tenei , yàik mon- ■ieur Guillaume, le premier clerc, qui le cherche feucore; le Toyei-vous paaaer lA-basî

GCILUUHE , ou fond du IllMtre.

HoUl Fortuniol Fortuoiol hoU t oA es-tu?

JACQUELINE

Va , Hadelon , lâche de te trouver.

Madtlon tort. Enire Clavaroehe.

Que diantre se paa8e-t-il donc ici? c«mnienl ! moi qui ai quelques droits, je pen»e, à l'amitié de maître André, il me rencontre et ne me lalue paa; Ice derts me regardent de travers , el je ne sais si le chien loi-même ne voulait me prendre aux talons. Qu'esiril advenu, Je vou» prie? et à quel propos maltraite-t-OD les gens?

JACQOEUNE.

Nona n'avons pas sujet de rire; ce que j'avais prévu arrive, et sérieusement cette fois; nous n'en sommes plus auiparoles) mais â l'action.

CLIVAROCHE.

A l'action T que voulez-vous direî

JACQUELinE.

Que ces maudite clercs font le métier d'espions, qu'on nous a vus, que matire André le sait, qu'il veut se cacher dans l'étude, et que nous courons les plus grands dangers. CLAVAHocne.

N'est-ce que cela qui vous inquiète?

JACQDEL1HE.

Assurément; que voulez-vous de pire? Qu'aujourd'hui nous leur échappions, puisque noue sommes avertis, ce n'est pas là le difQcile; mais du moment que maître André agit sans rien dire , nous avons tout â craindre de lui.

Vraiment, c'est là toute l'albire, et il n'y a pas plus de mal que cela?

MCftCELINE.

Etea-vous fou? Comment estil possible que vods en plaisantiez?

clavahocbe.

C'est qu'il n'y a rien de si wmple que de nous tirer d'cm-

428 LE CHANDELIEB.

barras. Hailrc André , dil«ft-TOiu , est furieni? tii lùeo I qu'il erie; quel incoBTéoieDl? 11 veut se mettre ea embuscade? qu'il s'y mette , il u'; a rien de mieui. Les clercs sont-ils de la partie? qu'ils en «oient avec toute la ville, ai cela les peul divertir. Ils veulent surprendre la belle Jacqudioe et son très humble serviteur? hël qu'ils surprennent; je ne m'y oppose pas. Que voyez-vous là qui nous gène?

JACQUELINE

Je ne comprends rïen & ce que vous dites.

CLAVABOCBE.

Faites-moi Tenir Fortunio. Où eal41 Tourré, ce m<Hineiir? Comment , nous sommes en péri] , et le drAk nous abandonne I Allons 1 vile , avertissei-le,

JÀCQUEUNE.

J'y ai pensé; on ne sait où il est, et il n'a pas para ce matin.

cxivABocaE.

Bml cela est impossible; il est par là quelque part dans vos jupes ; vous l'avez oublié dans une armoire, et votre servante l'aura par m^rde Bccroçbé au porte-manteau.

MCDDEUNE.

Hais encore, en quelle fkçon peul-il nous être ntilef J'ai demandé où il était sans trop savoir pourquoi moi-même; je ne vois pas , en y rétléchissant , à quoi il peut nous être bon,

CUV*BOCB&

Ho I ne voyex-vouB pas que je m'apprête à lui faire le plus grand sacrifice! Il ne s'agit pas d'autre chose que de lui céder pour ce soir tous les privilèges de l'amour.

IICQUELINB.

Pour ce soir? et dans quel dessein?

CiiATABOCBE.

Dans le dessein positif et formel que ce digne maître André ne passe pas inutilement une nuit a la belle étoile. Ne voudries-vous pas que ces pauvres clercs qui se vont donner bien du mal ne trouvent personne au logis? Fi doncl nous ne pouvons permettre que ces honnêtes gens restent les mains vides ; il fkut leur dépêcher quelqu'un.

JACQITEUHE.

Cela ne sera pas; trouves antre chose; vous avM ii une idée horrible , et je ne puis y consentir.

i,CÙHl«^[c

cLAVinocuE.

Pourquoi borrible? RieD o'esl ]dus inoaeeDt, Vous ùi'i>e« un mot à Forluaio, ei vous lie pouvez le trouver Tons-inéme; car le moindre mot eu ce monde vaut mieui que le pins gn» écril. Vous le faites venir ce soir, sous prétexte d'un rendezvous. Le voilà entré; les clercs le surpreoDeot, et maître André te preod aa collet. Que voulei-vous qu'il lui arrive? Vous descendez là-dessus en cornette, et demandez pourquoi on fait du bruit, le plus naturellement du monde. On vous l'explique. Maitre André en fureur vous demande à son loui' pourquoi SOD jeune clerc se glisse dans son jardin. Vous rougissez d'abord quelque peu, puis vous avouez sincèrement tout ce qu'il vous plaira d'avouer : que ce garçoii visilc vos marchands, qu'il vous apporte en scm'et des bijoux, en un mot la vérité pure. Qu'y a-t-il là de si effrayant?

JACQUELINE

On ne më croira pas. La belle apparence que je donne des rendez-vous pour payer des mémoires!

cuvAnocHE.

On croit toujours ce qui est vrai. La vérité a un accent impossible à méconnaître , et les cœurs bien nés ne s'y trompent jamais. N'est-ce donc pas, en effet, à vos commissions que vous employez ce jeune homme?

lACQUELINE.

Oui.

CLlVjtPOCBE.

Eb bien donc] puisque vous le liiites, vous le direz, et on le verra bien. Qu'il ait les preuves dans sa poche , un écrin , comme hier, la première chose venue, cela suffira. Songez donc que si nous n'employons ce moyen, nous en avons pour une année entière. Haitre André s'embusque aujourd'hui, il se rembusquera demain , et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il nous surprenne. Moins il trouvera, plus il cherchera; mais qu'il trouve une fois pour toutes, et nous en voilà délivrés.

JACQUELINE

C'est impossible! il n'y faut pas songer,

CLlVAHOCnE.

(Jn rendex-vous dans un jardin n'est pas, d'aîllcui's, un si gros péché, A Ifl rigueur, si vous craignez l'air, vous n'avez

'ISO LM CHANDELIER,

qn'* ne fa dcsceodre. On oe {rouvera qne le jeane bommc, et il *'ea Urera toujours. Il serait plaùaDt qu'une femme ne puisse prouver qu'elle est inaooeDte quand elle l'est. Allons, vos tablettes, et preoet-mai le crayon que voici.

CLivtROCBE, lui prhantant un crayon tt du papier. Écrwec donc, je vous eu prie : « A miauit, ce soir, au

lACQUELlNE.

C'est envoyer cet enfant dans un piëge, c'est le livrer k l'ennemi.

Ne signei pas, c'est inotile.

n prend le papier.

ra fraiche, et vous ferei X jeune bomme se promener seul , et profiter du temps qu'il fait. Je crois , coname TOUS, qu'on aurait peine A croire que c'est pour vea marchands qu'il vient. Vous ferez mieux , si on vous interroge , dédire que vous ignorez tout, et que vous n'êtes pour rien dans' l'affaire.

McQueiinE.

Ce mot d'écrit sera un ténmn.

Fi donc ! nous autres ^en» de cœur j pensez-voua que nous allions montrer à un mari de l'écriture de sa femme? Que pourrions- nous, d'ailleurs, y gagijer? en serions-naus donc atoins nnipables de ce qu'un crime serait partagé? D'aillenrs vous voyez bien que votre main tremblait un peu sans doute, et que ces caractères sont presque di'guisés. Allons, je vais donner cette lettre au jardinier , Fortunio l'aura tout de suite. Venei; les vautours ont leur proie, et Poiseau de Vénua, la plie tourterelle , peut dormir en paii sur son nid.

iz^mnCoOi^Ic

Une charmille.

PORTUNIO»uI,o«« ««■

Rendre un jeuoe homme amoureux pour détourner Bur lui l«s soupçonB ton)', laisser croir« qu'on l'aime, le lui dire peut-être bien des nuils tranquilles; rem pérance un creur jeune et prêt à soulTi dans un lac qui n'avait jamais eu encor surface; esposer un homme aui soupçon de l'amour heureux , et cependant ne lui immobile et inanimée dans une ceuvr'e tromper, mentir, mentir du fond du cœi un appét; jouer avec tout ce qu'il y a di comme un voleur avec des àés pipés ; voi unefemmel voilfa ce qu'elle fait d'un pet

C'est ton premier pas, Fortunio, dan monde. Pense , réfléchis , compare , exam de juger. Cette femme-là a un amant < soupçonne , on la tourmente, on la menai die n perdre l'homme qui remplit sa vi plus que le moDile entier. Son mari se lét par uu espion ; il la réveille , il veut la tr'a tribunal. Sa famille va la renier, une vill dire ; elle est perdue et déshonorée , et ce ne peut cesser d'aimer. A tout prii il faui nique objet de ses inquiétudes , de ses ang leurs; il faut quelle aime pour continuer trompe pour aimer. Elle se penche à sa I jeune homme au bas ; qui est-ce? elle ne li n'a jamais rencontré son visage; esl-il boi cret ou perGde , sensible ou insouciant? elle a besoin de lui, elle l'appelle, elle lui h une fleuri sa parure, elle parle, elle a r bonheur de sa vie , et elle le joue à rouge lait auiM bien adressée à Guillaume qu'c

4»S LE CHANMlLIEII.

arrivé >!« r^'la? Guillaume est un gari^n lionnéle , mais qui ne s'eat jaituig aper^ que «on cœur lui servit à autre chime qu'à respirer. Guillaunie aurait été ravi d'aller dtaer chei aoi) patroD, d'être à cAté de Jacqueline k table , tout comme j'en ai été ravi moi-même; mais il it'en aurait pas vu davantage; il lie serait devenu amoureux que de la cave de maître André ; il ne se serait point jeté à ijenoui ; il n'aurait point écouté aux portes; c'eût été pour lui tout proflt. Quel mal y eût-il eu alors qu'on se servit de lui à sou inau , pour détourner le» soupçons d'un mari ? Aucun. 11 eût paisiblement rempli l'oflice qu'on lui eût demandé; il eût vécu heureux, tranquille, dix ans sans s'en apercevoir. Jacqueline aussi eût été heureuse, tranquille , dix ans sans lui en dire un mot. Elle lui aurait fait des coquetteries, et il y aurait répondu ; mais rien n'eût tiré à conséquence. Tout se serait passé à merveille , et personne nepourraitseplaiodre, le jour où la vérité viendrait. Il te raaeoii.

Pourquoi s'est-elle adressée à moi ? SavaitF«lle dotM qu« je l'aimais ? Pourquoi à moi plutôt qu'à Guillaume ? Est-ce hasard ? est«e calcul? Peut-être , au fond , se doutait-elle que je n'étais pas iodifférenL; m'avait-elle vu à celte fenêtre? S'étaitelle jamais retournée le soir , quand je l'observais dans le jardin? Mais si elle savait que je l'aimais , pourquoi alors? Parce que cet amour rcudait son projet plus facile , et que j'allais, dés le premi^ mot, me tendait. Mon amour n'était qu'u

Est-ce bien sûr? N'y a-t-il rien autre cl>o«e?Quoil elle voit que je vais souffrir, et elle ue pense qu'à en prolilerl Quoi! elle me trouve sur ses traces , l'amour dans le cœur , le désir dans les yeui , jeune et ardent , prêt à mourir pour elle, et lorsque, me voyant A ses pieds, elle me sourit et me dit qu'elle m'aime , c'est un calcul , et rien de plus ! Rien , rien de vrai dans ce sourire , dans celte main qui m'elUeure la main , dans ce son de voix qui m'enivre? 0 Dieu juste 1 s'il en est ainsi, à quel monstre ai-je donc affaire, et dans quel abtme suis- je tombé?

nu Une.

Nnu, lant d'horreur n'est pas possible I Non, une femme ne

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