ACTE V, SCENE I
De deux princes Forlis en un an est l'esclave ; L'un d'eux est gros et gras , et l'autre sec et. hâve ; Et, pour les imiter, il s'engraisse et maigrit Si bien qu'il prend la fièvre et soudain en périt. Ici , la jalousie ardente et combattue , L'avance , la peur, et l'ambition tue.
J'imagine à ces maux plus d'un palliatif; Et j'administrerais, en premier lénitif , De l'amour des vertus une salubre dose , L'estime du métier de son père , et pour cause , Charité fraternelle en grandes potions , La campagne où le vent chasse nos visions , Et le respect du monde ainsi que de soi-même , Excellent cordial dans mon nouveau système.
Paf là je mettrais fin à la mortalité Qu'autour des grands seigneurs souffle la vanité. Un tel secret , mon cher, vous serait, secourable ; Je ferai sur vous-même une cure admirable.
GRASSEAU.
Sur moi , Monsieur 1 hélas ! je serais imprudent De montrer de l'orgueil ; quel titre?...
Cependant Votre tante , qui fut ma lingère , elle-même M'écrit que vous prenez une importance extrême ; Vous fuyez vos parens , depuis qu'on vous a fait Des rentes, et nommé gardien d'un perroquet,
GRASSEAU.
Par les minces emplois on monte à la fortune ; C'est mon premier degré pour en acquérir une.
288 RICHELIEU
Plus d'un valet devient , ep. cheminant sans bruit ,
Commis , puis secrétaire , et tout ce gui s'ensuit.
Les leçons qu'à l'oiseau de la reine je donne
Lui prouvent mon respect pour tout ce qu'elle ordonne ;
Son perroquet , plus doux , plus soumis chaque jour,
Parle , agit comme font les messieurs de la cour ;
Comme eux il se pavane , à chaque porte il gratte f
Dit , Votre Majesté , salue et tend la patte.
On vient... J'ose en sortant , Monsieur, vous supplier
Dans vos promotions de ne pas m'oublier.
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