‹ Comédies historiquesChapitre 228 sur 260 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

théoclès avec impétuosité.

De parler? et de haranguer même. Aussi me yafo-je égosiller parmi vous pour mon coup d'essai. Le noble Alcîbiade m'a mené chez le magistrat pour m'y gratifier de ma liberté; et là, selon la cérémonie usitée, m'appli* quant le dernier soufflet d'usage , il m'a fait pirouetter comme cela sur moi-même; ce qui signifie que je puis désormais aller en tous les sens où bon me plaît. J'en ai encore un peu d'étourdissement. Par Mercure 1 depuis qu'on m'a délié du joug , il me semble qu'on m'a tout transformé, que je ne suis plus le même animal, et que j'ai le don de l'éloquence. Me voici déjà prêt à opiner pour trois oboles , à jeter au hasard mes fèves blanches ou noires , à mendier les suffrages , à traiter du mien , à spéculer sur les voix , à manier les finances, à viser aux bonnes places, à pçrorer sans fin sur les lois , sur le commerce, sur la paix et sur la guerre , à changer d'opinion comme de chaussure et de parti comme de tunique , et à combattre tous les intérêts qui me nuisent , en lançant toujours les principes à la tête. Me faut-il d'autres vertus et d'autres talens pour ressembler à nos compatriotes?

TIMON

Esclave hier, tu ne saurais être libre aujourd'hui , cela veut une éducation première.

1 THÉOCLÈS.

Qu'est-ce autre chose qu'être affranchi de toute entrave ?

ALCIBIADE

Vraie définition de la licence, elle est digne de toi.

THEOCLES.

O bons Athéniens 1 vous allez instruire un apprenti-citoyen qui brûle d'exercer son droit et de tout savoir. Vous , là bas ! que chuchotez-vous dans vos groupes? Y a-t-il des nouvelles? Vous, de ce côté-là 1 que dit-on du grand roi de Perse? qu'il est trop despote? Ah ! c'est qu'il ne nous gouverne pas ; et que tous ceux qui ne sont pas nous, sont dès barbares. Vous, de ce côté-ci! parlez-moi des députés d'Ergeste. Prendrons-nous bientôt la Sicile? Mais qu'en dira le Péloponèse? Ce sont à peu près, je crois , les seules espèces de questions que se font nos politiques.

HYPPERBOLUS. .

Bavard ! finiras-tu de nous casser les oreilles?

THÉOCLÈS.

En effet, nous avons une grande affaire en suspens à cette heure. Sacrifions à la patrie tout homme nuisible.... La patrie est tout; oui, la patrie... Votons bien... Le salut de la république en dépend... Elle exige qu'on immole pour ce grand acte ses amitiés , ses considérations privées et jusqu'aux liens de la reconnaissance.

ALCIBIADE

Il s'émancipe... Dis-moi, Théoclès, l'habit que je porte est-il assez magnifique ? mon bandeau me sied-il sur mes cheveux ? Il faut que je plaise à la multitude qui applaudit à mon élégance.

THÉOCLÈS.

Vous n'êtes pas mal, mon concitoyen; mais je vous arrangeais mieux quand je vous servais.

Page 1