ACTE MI, SCÈNE IL
flora travaillant.
Excusez-moi, Madame; j'ai hâte d'achever cet ouvrage.
MADAME ©OLMAR.
Et vous y Madame?
la duchesse impatientée.
Ce soir , je n'ai pas de voix.
MADAME DOLMAR
Mais du chagrin. Quelque chose vous agite. . . . Faut-il que je vous laisse? que je sorte?
la duchesse troublée , avec empressement.
Restez, restez, je vous prie.... N'imaginez pas.... aucun chagrin.... rien ne nvagite.
MADAME DOLMAR
En ce cas , ne vous livrez pas à cet abattement ; de grâce , chantez votre nouvelle romance.
LA DUCHESSE
Dispensez-moi*...
MADAME DOLMAR
Madame, je n'insiste plus; oui, il me semble qu'une grande inquiétude vous pressé , et je ne veux pas me rendre importune.
LA DUCHESSE
Importune! vous? Jamais. Je n'étais qu'un peu indisposée...^ d part. ) Dieu ! si elle allait soupçonner.... Je vais chanter.
N'est-ce pas abuser?...
la duchesse prenant sa guitare.
Du tout, du tout.... (à part. ) Quel supplice !
80 PINTO
Elle chante.
Un Portugais, dont l'ame fière
S'irritait contre ses revers,
Avec sa fille prisonnière
Languissait plongé dans les fers.
La mort l'attend , le glaive brille ,
Son arrêt ne peut l'effrayer....
Mais les pleurs de sa tendre fille {Elle regarde sa fille. )
Font pleurer le preux chevalier.
Le murmure des Ilots du Tage ,
Le vent qui mugit sur la tour,
À sa plainte , aux cris de sa rage ,
Semblent répondre nuit et jour.
Entre ses mains une arme brille ,
Il voit s'endormir le geôlier....
Mais l'effroi qu'il sent pour sa fille {Elle se trouble,^
Fait trembler le preux chevalier.
Le Portugais, plein d'espérance, Frappe son argus endormi, Et tout près de sa délivrance Rentre aux fers de son ennemi.
Son triste coeur du fer qui brille N'attend pas le coup meurtrier, Et celui qui frappe sa fille Fait mourir le preux chevalier.