‹ ComédiesChapitre 27 sur 47 · SCÈNE XI MONSIEUR VERNET, HENRI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI MONSIEUR VERNET, HENRI

Allez, dites-lui des fadeurs, je ne suis pas jaloux

HENRI

Non?

C'est peut-être le seul sentiment que je n'éprouve pas. Vous partez?

HENRI

Il est tard.

Vous avez bien le temps... Pourquoi serais-je jaloux? Elle m'aime comme je l'aime, j'en suis sûr, et c'est une honnête femme, de ça je suis plus sûr encore.

HENRI

C'est un plaisir de vous entendre parler de madame Vernet.

On n'en fait plus comme elle, ni comme moi.

MONSIEUR VERNET ^Sç

HENRI

Plus guère.

Oh! je ne veux pas dire qu'elle soit une honnête femme, à cause de moi, parce qu'elle m'aime. Ce serait de la suffisance. Je dis qu'elle l'aurait été avec tout le monde, avec n'importe qui. Elle l'est, parce qu'elle l'est, et qu'elle ne peut pas ne pas Pètre. — Vous verrez.

HENRI

Je m'en rapporte...

Elle est venue au monde avec son honnêteté, comme avec son nez, son joli nez un peu retroussé, au milieu du visage. Elle est pure comme le jour est clair.

HENRI

Comme le diamant brille 1

Voilà.

HENRI

C'est évident?

Evidemment.

HENRI

Mais, it suppose.

^40 MONSIEUR VEKNET

Quoi?

Rien, bonsoir, monsieur Vernet.

Qu'est-ce que vous supposez ?

HENRI

Je suppose... que vous ayez des motifs d'être jaloux.

MONSIEUR VERNBT

Quels motifs! Où voulez-vous que j'en prenne, puisque Julie. .

HENRI

C'est entendu. Aussi je suppose, partant de plus loin, que vous n'ayez pas épousé madame Vernet, mais sa sœur, par exemple.

Pauline? Je vous remercie di^ cadeau.

HENRI

Ou une autre femme, n'importe laquelle.

Mettons ; après ?

HENRI

Et que...

MONSIEUR 'vEKNET 341

Ahl oui... Eh bien?

HENRI

Que feriez-vous ?

Je tire dessus.

HENRI

Sur la femme >

Sur elle, et sur lui, avec l'autre cartouche.

HENRI

Ah I ah I

Je dis l'autre cartouche, car je ne me sers pas d'un joujou de revolver, mais d'un bon fusil pratique, à deux coups.

HENRI

Vous tirez bien?

J'ai tué des populations d'œufs dans les foires

HENRI

Entre un œuf vide et un homme!..

Je ne fais pas de différence. Feu des deux coups,

d'abord dans votre dos..

HENRI

Mais monsieur Vernet, il ne s'agit pas de moi.

Il s'agit de vous comme des autres. Pan ! pan I dans le dos du monsieur et de la dame.

HENRI

Diable!

C'est ma méthode.

HENRI

Vous ne badinez pas avec l'amour, monsieur Vernet.

MONSIEUR VERNETj bon enfant.

Dites donc, vous, hein? Vous n'avez pas bientôt fiai ? si nous parlions d'autre chose ? si nous laissions ces propos-là aux imbéciles?

HENRI

C'était pour rire.

Alors, riez tout seul; c'est un sujet qui ne me fait pas rire.

II termine agréablement une soirée

Il est indigne de vous et de moi.

HENRI

Pardon, monsieur Vernet. Excusez une habitude, un tour d'esprit'; c'est le métier qui veut ça.

C'est un sot métier. Je vous pardonne, pour cette fois.

HENRI

Je n'y reviendrai plus.

Ah I quelle tête I Que de choses doivent se passer là, dans ce crâne de poète I

HENRI

Vous exagérez.

Tout à l'heure, c'était des scrupules, maintenant c'est des inquiétudes, des imaginations biscornues. Sommes-nous libres d'agir comme il nous plaît 1

HENRI

Qui pourrait nous empocher }

Liberté, Libertas>

Ohl parfaitement.

Je voudrais bien savoir ce que ça peut me fairCr les autres?

HENRI

Et à moi ?

Notre amitié ne regarde que nous. Je vous tends ma main, vous y mettez la vôtre. Je vous ouvre ma porte et vous dis : entrez ! Je vous présente à ce que j'ai de plus cher au monde, ma femme. Elle et moi, nous vous accueillons comme un jeune frère. Ce frère est-il un faux frère, un vilain monsieur ? Etesvous un misérable?

HENRI

Moi?

Vous, — pas moi, moi je me connais.

HENRI

Moi aussi.

Répondez.

Monsieur Vernet, vous me demandez ça d'un air...

Henri, ètes-vous un misérable?

HENRI

Je ne sais pas, je ne crois pas.

Oui ou non ?

HENRI, noblement.

Non.

Non! — Vous avez bien dit ça... très bien. (Il rit. la main offerte.) A demain 1

Rideau

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