ACTE SECOND, SCENE X
Pepe-Illo, ému.
Est-ce me demander un service assez grand? Ah! j'ignore, Juana, quel trouble se répand Dans mon cœur... Pardonnez... mais une douce ivresse Près de vous maintenant me ravit et m'oppresse. Je me sens ébloui ! Sais-je ce que je fais ? Sais-je ce que je dis? Dieu ! si je vous aimais 1... Hélas ! c'est un aveu, grâce s'il vous offense. Votre accueil, vos bontés, votre douce assistance, M'ont fait croire, insensé, que vous-même...
JuA.NA, V interrompant.
Arrêtez !
Vous avez le vertige et presque m'insultez. De quel droit m'osez-vous tenir un tel langage? Chez moi, quel mot, quel acte à cela vous engage? Je puis vous regarder en face sans rougir. Vous vous êtes mépris, sachez mon déplaisir. Si par malheur j'aimais, j'aurais l'audace extrême De le dire, ou l'orgueil de le taire à moi-même.
Pepe-Illo.
Quelle femme êtes-vous?
Juana.
L'homme que j'aimerai,
238 l'arrivée de l'infante.
S'il m'aime, le saura, car je le lui dirai.
J'oserai mettre alors une orgueilleuse envie
A confesser ma flamme, et, sachez-le, sa vie
Se devra tout entière au soin de mon amour.
Je veux qu'il soit à moi comme le premier jour,
Ame et corps, constamment ! qu'enfin la même chaîne
Le fasse époux et roi, comme moi femme et reine !
Et si j'apercevais jamais, dans l'avenir,
Le dégoût ou l'oubli sur sa lèvre venir,
Ma haine le suivrait et, fût-ce au prix d'un crime,
Elle se vengerait! Pepe-Illo, j'estime
Qu'il n'est pas, selon vous, un homme assez hardi
Pour former un tel nœud.
Pepe-Illo.
Peut-être est-il ici !
JUANA
Qu'il réfléchisse alors ! Un amour qui s'égar> Peut devenir fléau.
[Elle rentre brusquement.)
Fepe-Illo, seul.
Votre orgueil nous sépare.
Devrait-il, ô Juana, subsister entre nous? Je le sens, je le sens, mon cœur s'attache à vous