SCENE XI
ELIANE, seule.
Suis-je bien éveillée? et que s'est-il passé? Quel avenir nouveau devant moi s'est dressé? Mon cœur, mon pauvre cœur, que t'a-t-on dit? O flamme, Quelle es-tu, toi qui viens ainsi m'embraser l'âme ?
Dans un trouble enivrant je me sens défaillir... Le bonheur quelquefois ferait-il donc souffrir ? Suis-je heureuse? Le sais-je!... Hélas! anéantie, A de secrets transports cette heure m'initie. Mon mari... lui! Pourquoi son visage, à mes yeux, Revêt-il maintenant cet éclat radieux?
Pourquoi, — mais sans rougir j'ose à peine le dire, Me semble-t-il sentir encor son doux sourire Errer autour du mien? Et pourquoi les accents De sa voix chantent-ils malgré moi dans mes sens?
{Elle s'est approchée peu à peu de Valcôve.)
O Dieu juste ! ô Dieu bon ! verse-moi ta lumière; Dans l'état où je suis, que ta grâce m'éclaire.
[Elle se met à genoux au pied du lit.)
Exauce-moi, Seigneur, dans celte extrémité, Et ramène le calme en mon sein tourmenté.
{Elle cache son visage dans ses mains et prie. Un long silence. Elle quitte son peignoir et s'apprête à se mettre au lit quand un léger bruit se fait entendre du côté de la fenêtre. On aperçoit un bras passer au travers d'une vitre brisée, écarter le volet et tourner l'espagnolette. La fenêtre s'ouvre, le Chevalier paraît.)