‹ Comédies & proverbes, Volume 1Chapitre 123 sur 238 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Une autre partie du jardin.

' LE PRIÏîCE, entrant.

. Mon déguisement me réussit à merveille; j'observe, et je me fais aimer. Jusqu'ici tout va au gré de mes souhaits ; le père me paraît un grand roi, quoique trop sans façon, et je m'étonnerais si je ne lui avais plu tout d'abord. J'aperçois la princesse qui rentre au palais ; le hasard me favorise singulièrement.

Elsbeth entre ; le prince Taborde.

Altesse, permettez à un fidèle serviteur de votre futur époux de vous offrir les félicitations sincères que son cœur humble et dévoué ne peut contenir en vous voyant. Heureux les grands de la terre I ils peuvent nous épouser, moi je ne le puis pas; cela m'est tout à lait impossible; je suis d'une naissance obscure ; je n'ai pour tout bien qu'un nom redoutable à l'ennemi un cœur pur et sans tache bat sous ce modeste uniforme ; je suis un pauvre soldat criblé de balles des pieds à la tête ; je n'ai pas un ducat ; je suis solitaire et exilé de

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ma terre natale comme de ma patrie céleste, c'est-àdire du paradis de mes rêves; je n'ai pas un cœur de femme à presser sur mon cœur; je suis maudit et silencieux.

ELSBETH

Que me voulez-vous, mon cher monsieur? Êtes-Yous fou, ou demandez-vous Taumône?

LE PRINCE

Qu'il serait difficile de trouver des paroles pour exprimer ce que j'éprouve I Je vous ai vue passer toute seule dans cette allée; j'ai cru qu'il était de mon devoir de me jeter à vos pieds, et de vous ofiTrir ma compagnie jusqu'à la poterne.

ELSBETH

Je vous suis obligée; rendez-moi le service de me laisser tranquille.

Elle sort.

LE PRINCE, seul.

Àurais-je eu tort de l'aborder ? Il le fallait cependant, puisque j'ai le projet de la séduire sous mon habit supposé. Oui, j'ai bien fait de l'aborder. Cependant elle m'a répondu d'une manière désagréable. Je n'aurais peut-être pas dû lui parler si vivement^ Il le fallait pourtant bien, puisque son mariage est presque assuré» et que je suis censé devoir supplanter Marinoni, qui me remplace. J'ai eu raison de lui parler vivement» Mais la réponse est désagréable. Aurait-elle un cœur dur et faux ? Il serait bon de sonder adroitement la chose.

IlscrU

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