‹ Comédies & proverbes, Volume 1Chapitre 134 sur 238 · SCÈNE vil · texte numérisé non relu

SCÈNE vil

Une prison.

FANTASIO, seul.

Je ne sais s'il y a une Providence, mais c'est amusant d'y croire. Voilà pouriant une pauvre petite princesse qui allait épouser à son corps défendant un animal immonde, un cuistre de province, à qui le hasard a laissé tomber une couronne sur la tête, comme l'aigle d'Eschyle sa tortue. Tout était préparé ; les chandelles allumées, le prétendu poudré, la pauvre petite confes-

212 FANTASIO

sée. Elle avait essuyé les deux charmantes larmes qae j*ai vues couler ce matin. Rien ne manquait que deux ou trois capucinades pour que le malheur de sa vie fût en règle. Il y avait dans tout cela la fortune de deux royaumes, la tranquillité de deux peuples; et il faut que j'imagine de me déguiser en bossu, pour venir me griser derechef dans l'office de notre bon roi, et pour pêcher au bout d'une ficelle la perruque de son cher allié I En vérité, lorsque je suis gris, je crois que j'ai quelque chose de surhumain. Voilà le mariage manqué et tout remis en question. Le prince de Mantoue a demandé ma tête en échange de sa perruque. Le roi de Bavière a trouvé la peine un peu forte, et n'a consenti qu'à la prison. Le prince de Mantoue, grâce à Dieu, est si bêle, qu'il se ferait plutôt couper en morceaux que d'en démordre; ainsi la princesse reste fille, du moins pour cette fois. S'il n'y a pas là le sujet d'un poëme épique en douze chants, je ne m'y connais pas. Pope et Boileau ont fait des vers admirables sur des sujets bien moins importants. Ah I si j'étais poëte, comme je peindrais la scène de cette perruque voltigeant dans les airs I Mais celui qui est capable de faire de pareilles choses dédaigne de les écrire. Ainsi la postérité s'en passera.

U 8*endort. — Entrent Elsbeth et sa gouvemante, une bmpe à la main.

ELSBETH

11 dort; ferme la porte doucement.

LA GOUVERNANTE

Voyez; cela n'est pas douteux. Il a ôté sa perruqae

Page 1