ACTE II, SCÈNE VII
ELSBETH
Entendez-vous cela, monsieur Fantasio? vous avez fciit manquer mon mariage»
LA GOUVERNANTE
Seigneur mon Dieu I le prince de Mantoue s'en va, •et je ne l'aurai pas vu I
ELSBETH
Si la guerre est déclarée, quel malheur I
FANTASIO
Vous appelez cela un malheur, Altesse? Aîmerîezvous mieux un mari qui prend fait et cause pour sa perruque? Eh I Madame, si la guerre est déclarée, nous saurons quoi faire de nos bras ; les oisifs de nos promenades mettront leurs uniformes; moi-même je prendrai mon fusil de chasse, s'il n'est pas encore vendu. Nous irons faire un tour d'Italie, et, si vous entrez jamais à Mantoue, ce sera comme une véritable reine, sans qu'il y ait besoin pour cela d'autres cierges que nos épées.
ELSBETH
Fantasio, veux-tu rester le bouffon de mon père? Je le paie tes vingt mille écus.
FANTASIO
Je le voudrais de grand cœur, maïs en vérité, si j'y âtais forcé, je sauterais par la fenêtre pour me sauver an de ces jours.
ELSBETH
Pourquoi? tu vois que Saint-Jean est mort; il nous faut absolument un bouffon,
FANTASIO
J'aime ce métier plus que tout autre ; mais je ne puis
COMÉDIES. I. id
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faire aucun métier. Si vous trouvez que cela vaille vingt, mille écus de vous avoir débarrassée du prince de Mantoue, donnez-les-moi et ne payez pas mes dettes. Un gentilhomme sans dettes nq saurait où se présenter.- Il ne m'est jamais v^snu à Tesprit de me trouver sans dettes. . .
ELSBETH
Eh bien! je te les donne; mais prends les clefs de mon jardin : le j'our où tu t'ennuieras d'être poursuivi par tes créanciers, viens te cacher dans les bluets où je t'ai tl*ouvé ce matin; aie soin de prendre ta perruque et ton habit batriolé; ne parais jamais devant ÇQoi sans cette taille contrefaite et ces grelots d'argent, car c'est ainsi que tu m'as plu : tii redeviendras mon bouffon pour le temps qu'il te plaira de l'être, et puis tu iras à tes affaires. Maintenant tu peux t'en aller, la porte est ouverte.
LA GOUVERNANTE
Est-il possible que le prince de Mantoue soit parti sans que je l'aie vul