ACTE I, SCÈNE III
PEBDICAN.
Sais-tu que cela n'a rien de beau, GamiUe, de m'avoir refusé un baiser?
CAMILLE
Je suis comme cela ; c'est ma manière.
PEBDICAN.
Veux-tu mon bras pour faire un tour dans le village?
CAMILLE
Non, je suis lasse.
Cela ne te ferait pas plaisir de revoir la prairie ? Te souviens-tu de nos parties sur le i3ateau? Viens, nous descendrons jusqu'aux moulins; je tiendrai les rames, et toi le gouvernail.
CAMILLE
Je n'en ai nulle envie.
PERDIGAN.
Tu me fends l'âme. Quoi! pas un souvenir, Camille? pas un battement de cœur pour notre enfance, pour tout ce pauvre temps passé, si bon, si doux, si plein de niaiseries délicieuses? Tu ne veux pas venir voirie sentier par où nous allions à la ferme?
CAMILLE
Non, pas ce soir.
PERDIGAN.
Pas ce soiri et quand donc? Toute notre vie est là.
CAMILLE
Je ne suis pas assez jeune pour m'amuser de me* poupées, ni assez vieille pour aimer le passé. »
- : PERDIGAN.
Comment dis-tu cela ?
GAIULLE.
Je dis que les souVenirs d*eiifance ne. ^ont pas de mon goût.
PERDIGAlf.
CelaVennuie?
CAMILLE
Oui, cela m'ennuie.
PERDICAN
Pauvre enfant ! Je te plains sincèrement.
ns sortent chacun de leur côté*
LE BARON, rentrant avec dame Pluche.
Vous le voyez, et vous Tentendez, excellente Pluche ; je m'attendais à la plus suave harn^onie, et il me semble assister à un concert où le violon joue : Mon ccéùr soupire^ pendant que la flûte joue Vive Henri IV. Songez à la discordance affreuse qu'une pareille combinaison produirait. Voilà pourtant ce qui se passe dans mon cœur. .
DAME PLUCHE
Je l'avoue; il m'est impossible de blâmer Camille, et rien n'est de plus niauvais ton, à mon sens, que les par> tips de bateau. ' \
LEBARON.^
Parlez-vous sérieusement?
DAME PLUCHE
Seigneur, une jeune fille qui se respecte ne se hasarde pas sur le^ pièces d'eau.
LE BARON
Mais observez donc,^ dame Pluche, que son coosin doit l'épouser, et que dès lors...