‹ Comédies & proverbes, Volume 1Chapitre 155 sur 238 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

PERDICAN

Quel mal y trouves-tu ? Je t'embrasserais devant ta mère. N'es-tu pas la sœur de Camille? ne suis-je pas ton frère comme je suis le sien ?

ROSETTE

Des mots sont des mots et des baisers sont des baisers. Je n'ai guère d'esprit, et je m'en aperçois bien sitôt que je veux dire quelque cbose. Les belles dames savent leur affaire, selon qu'on leur baise la main droite ou la main gauche ; leurs pères les embrassent sur le front, leurs frères sur la joue, leurs amoureux sur les lèvres; moi, tout le monde m'embrasse sur. les deux joues, et cela me chagrine.

PERDICAN

Que tu es jolie, moïi enfant !

ROSETTE

Il ne faut pas non plus vous fâcher pour cela. Comme VOUS paraissez triste ce matin I Votre mariage est donc manqué ?

PERDICAN

Les paysans de ton village se souviennent de m'avoir aimé ; les chiens de la basse-cour et les arbres du bois s'en souviennent aussi ; mais Camille ne s'en souvient pas. Et toi. Rosette, à quand le mariage ?

ROSETTE

Ne parlons pas de cela, voulez-vous? Parlons du temps qu'il fait, de ces fleurs que voilà, de vos chevaux et de mes bonnets.

De tout ce qui te plaira, de tout ce qui peut passer sur

tes lèpres sans leur ôter ce sourire céleste que je respectc'plus que ma vie.

U Tembrasse.

ROSETTE

Vous respectez mon sourire, mais vous ne respectez guère mes lèvres, à ce qu*il me semble. Regardez donc; voilà une goutte de pluie qui me tombe sur la main, et cependant le ciel est pur.

FERDIGAN.

Pardonne-moi.

ROSETTE

Que vous ai-jefait, pour que vous pleuriez?

Ils sortent.

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