ACTE II, SCÈNE I
VOUS êtes comme les roses du Bengale, Marianne, çans épines et sans parfum.
MARIANNE
Bien dit. Aviez-vous préparé d'avance cette comparai* sou? Si vous ne brûlez pas le brouillon de vos harangues, donnez-Je-rooi, de grâce, que je les «^ppre^p* à ma perruche.
OCTAVE
Qu'y trouvez- vous qui puisse vous blesser? Une fleur sans parfum n'en est pas moins belle; bien au contraire, ce sont les plus belles que Dieu a faites ainsi; et le jour où, comme une Galatée d'une nouvelle espèce, vous deviendrez de marbre au fond de quelque église, ce sera une charmante statue que vous ferez, et qui ne laissera pas que de trouver quelque niche respectable dans un confessionnal.
Mon cher cousin, est-ce que vous ne plaignez pas le sort des femmes ? Voyez un peu ce qui m'arrive : il est décrété par le sort que Gœlio m'aime, ou qu'il croit m'aimer, lequel Gœlio le dit à ses amis, lesquels amis décrètent à leur tour que, sous peine de mort, je serai sa maîtresse. La jeunesse napolitaine daigne m'envoyer en votre personne un digne représentant, chargé de me faire savoir que j'aie à aimer ledit seigneur Gœlio d'ici à une huitaine de jours. Pesez cela, je vous en prie. Si je me rends, que dira-t-on de moi? N'est-ce pas une femme abjecte que celle qui obéit à point nommé, à l'heure convenue, à une pareille proposition? Ne va-t-on pas la déchirer à belles dents, la
montrer au doigt, et faire de son nom le refraiA d'une chanson à boire? Si elle refuse, au contraire, est-il un monstre qui lui soit comparable? Est-il une statue plus froide qu'elle? et Thomme qui lui parle, qui ose Tarrôter en place publique son livre de messe à la main, n'at-il pas le droit de Jui dire : Vous êtes une rose du Bengale sans épines et sans parfum ?
OCTAYE.
Cousine, cousine, ne vous fâchez pas.
IIARIAKNE.
N'est-ce pas une chose bien ridicule que l'honnêteté et la foi jurée? que l'éducation d'une fille, la fierté d'un cœur qui s'est figuré qu'il vaut quelque chose, et qu'avant de jeter au vent la poussière de sa fleur chérie, û faut que le calice en soit baigné de larmes, épanoui par quelques rayons de soleil, entr'ouvert par une main délicate ? Tout cela n'est-il pas un rêve, une buUé de savon qui, au premier soupir d'un cavalier à la mode, doit s'évaporer dans les airs?
OCTAVE
Vous vous méprenez sur mon compte et sur celui de
Cœlio-
MABUNNE.
Qu'est-ce après tout qu'une femme? L'occupation d'un moment, une coupe fragile qui renferme une goutte de rosée, qu'on porte à ses lèvres et qu'on jette par-dessus son épaule. Une femme! c'est une partie de plaisir I Ne pourrait-on pas dire, quand on en rencontre une : Voilà une belle nuit qui passe? Et ne seraitce pas un grand écolier en de telles matières, qce