‹ ComédiesChapitre 21 sur 73 · RP · texte numérisé non relu

RP

DIEU. Anges, porter une estoille il vous fault. -Pour aux trois Roys monstrer l'heureuse voye. :

LE IL. ANGE. A t’obeïr, ne feray nul default; Porter leur vois l'estoille à bien grand joye.

LES ANGES chantans, sur le chant des Bouffons. Chantons tous ensemble à Puis que l'Eternel Dieu et homme assemble:

O Noël, Noël.

Si le populaire A l’enfant congnu, Aux Roys ne fault taire Le Christ ja venu.

Dieu tous les rassemble En un, qui est tel Qu'un enfant ressemble, O Emmanuel!

PHILOSOPHIE. Pour parvenir à sçavoir honorable

Me fault aymer (qui suis vertu louable) Philosophie, amour de sapience.

O sage Roy, si tu m'as agreable

Je te rendray de sçavoir desirable, Jusques à ce que de vraye science

Aye gousté par longue patience;

Apres avoir cérché maint beau volume, Là trouveras repos de conscience,

Qui le doux feu d'Amour Divine allume.

BALTHASAR. J’ay fait grand cas des biens de ceste terre, J’ay desiré honneur et gloire acquerre, Et de me voir seigneur grand et puissant;

.52 Marguerite de Navarre.

Pour acquerir des biens, j'ay fait la guerre; | Làs; je voy bien que trop folement je erre; 180 Car tous ces biens n’est rien que vent passant. Philosophie amye, mon cœur sent | Ta bonne odeur, et te prend pour s'amye; A t'obeïr pour jamais se consent; Ne sois donc ps de l’apprendre endormye.

185 PHILOSOPHIE. Or tiens et voy le thresor que je porte, Livres icy pour voir, de toute sorte:

Mais ma fin n’est qu'à te faire congnoistre Tel que tu es. Ceste doctrine est forte; Mais à la fin l'Esprit tant reconforte, 190 Qu'elle te fait tousjours en vertu croistre. Sçavoir pourras de toutes choses l’estre Et la vertu, l’essence, et la nature.

Les grands secrets te feray apparoistre, Voire et toucher au doigt sans couverture.

195 De Philosophie sage Le sens et le langage, Tu pourras icy voir.

Par demonstration Toute probation 200 Je te feray avoir.

Mange moy chacun livre, Car il te convient vivre:

Sur tous arreste toy A cercher un facteur 205 .Du monde createur, Qui est Seigneur et Roy.

v. 201 et suiv. Le début des strophes n'est pas | marqué dans les éd. 1547 et Frank. — v. 203 éd. Frank sur tout

Tous livres t'abandonne, Et le desir te donne De les vouloir apprendre.

Mais de ceux de Moïsé, Il faut que je t'advise Que Foy les fait entendre.

Des Prophetes couvertz Voici livres ouvertz; Mais leur sens est caché:

Et l'orgueilleux vanteur, Plein de l'Esprit menteur, S'en trouve bien fasché.

Nul que l’humble et petit N'y peult prendre appetit; Cestuy là seul l'entend,

Si en humilité Lis ceste verité, Tu demeurras content.

BALTHASAR. Apres avoir tourné

Et longtemps sejourné

Maint volume et maint rolle, Il fault que je m'arreste, Et que mon cœur j'appreste A la sainte Parole.

Par cest esprit je voy Ce que fermement croy, Qu'il est un Createur ; Qui nous promet son Filz A un terme prefix,

Pour nostre Redempteur.

Mais je n’entens pas bien Quel il est, ne combien Il le nous fault attendre.

Helàs, Philosophie,

Dê:

D4 Marguerite de Navarre.

En laquelle me fie Veuillez le moy apprendre.

PHILOSOPHIE. Pour en avoir congnoissance parfaite Trouver te fault Divine Intelligence, 245 Mener t’y veux. Vien donc en diligence, Et tu auras le bien que tu souhaite.

BALTHASAR. Madame, allons; car le temps je ‘regrette Que retardons à tel bien recevoir, En esperant que la manne secrete 259 De l’Escriture à cler me ferez voir.

TRIBULATION. O Roy vivant en plaisir et santé, | k Qui as d’honneurs et d’amys grand planté, Et si te tiens juste selon la Loy, Par moy sera bien tost ton cœur tenté; 265 Car par dehors et dedens tourmenté Te sentiras ; mais n’en prens nul esmoy.

Si accorder te peux avecques moy, Souffrant en paix mon execution, Tu congnoistras que des tiens et de toy 260 Le prouffit vient de Tribulation.

MELCHIOR. Tes motz sont durs, ta parole est rebelle,

L'œil de l'esprit (pourtant) te treuve belle; Mais ceste Chair qui est sy molle et tendre, Te treuve laide, et fascheuse et rebelle.

%5 Si vôy je bien que ta puissance est telle, Que, vueille ou non, à toy me faudra rendre; Fuyr ne peux, car par tout me peux prendre.

Et moy qui sçay dont te vient tel povoir,

RCE TERRE

Patiemment tes coups je veux attendre, Sans resister à ton divin vouloir.

TRIBULATION. Recçoy ce coup, que dens ton cœur soit mis:

C'est, que Dieu prend tes plus prochains amys. Et où ton cœur faisoit ferme sejour ; .

Eslever veult tes mortelz ennemys, Ausquelz il veult que du tout sois soubmis:

Car quitter fault la hayne, aussi l'amour.

Ce second coup te fera nuict et jour Plaindre et douloir dedens un triste lict; Si souffrir veux patiemment ce tour, Ta grand douleur tournera en delict.

Le tiers coup je te baille . - Pour mortelle bataille; C’est, que de tel peché Est ton ame souillee, Contrefaite et brouillee, Et ton.corps sy taché, Qu'il n’est pas en ta force De rompre ceste escorce, Ne de t’en retirer.

Quelque chose que face, Ne peux acquerir grace ; Tu as beau soupirer.

Mais si tu te deffie De toy, et te confie Au Toutpuissant et bon, Par sa misericorde De sa tresdouce corde Il te fera le don.

MA 987 et suiv. le début des strophes n’est pas marqué dans les éd. 1547 et Frank. — v. 298 éd. : 1547 point après corde,

Marguerite de Navarre.

Par laquelle, de pleur.

D'angoisse et de douleur Te tirera en joye.

Recongnois ton default, Espere au Dieu treshault, Verité, vie et voye.

Tes grans amys sont mortz, Tes ennemys sont fortz, Tu es prest de mourir; Tes pechés sont sans nombre, Cercher il te. fault l'ombre Qui te peust secourir.

MELCHIOR. O douleur trop amere!

J'ay perdu pere et mere, Mes amys et parens; Mes ennemys (u chaire D'honneur voy, en grand chere, Comme plus apparens.

Au lict suis attaché, Tant malade et fasché Que je ne sçay que face, Au corps j'ay maladie, Au cœu. melancholie, On le lit à ma face.

Mais. voici bien le pis,

: En moy je sents tappiz

Tous les pechés du monde; Faute d'humilité, Par infidelité, Mon ame rend immunde.

O Tribulation, Si ton affection Je porte doucement, Monstre moy sans faillir Comment je doy saillir, Par qui, quoy, ne comment,

dé Rs

333 TRIBULATION. Allons à une Dame antique, C’est Intelligence Divine; Tristesse et mal par elle fine: Car de guarir ha la pratique.

MELCHIOR. Allons tost, sans nulle replique, 340 Ailleurs je n'ay plus d’esperance:

Par son sçavoir sy autentique :

SI d’avoir delivrance.

| INSPIRATION. Dieu, pour monstrer sa grace purement,

M'envoye à toy, pour declarer comment 345 Il est ton Dieu, ton Createur et Pere.

Et qui plus est, il veut que vivement

Face en ton cœur un divin mouvement ;

Te rendant seur que celuy qui impere

Sur tous les Cieux, par moy en toy opere, 250 Voire et revele à ton esprit, l'Esprit,

Le vray tesmoing de la vie prospere,

De sy long temps promis au saint Escrit.

GASPARD. Qui suis je, moy? ne que peult estre l’homme . Venu Aire qui mal mangea la pomme, 355 À qui tu viens, Dame Inspiration?

Tu me fais voir de mes pechés la somme, Mortz et couverts par Amour, qui m'assomme Et met à rien, par sa dilection, Je sents le fruit de mon Election, 260 Je me confie en sa bonne promesse, Je sents desja du Christ fruition; Mais dy moi, quand sera ce? et, comment est Ce?

v. 349 début d'une strophe dans l’éd. 1547.

[de Œ (1

Marguerite de Navarre.

INSPIRATION. Chasse de toy par Amour toute crainte, Crois fermement que ce n’est nulle feinte Ce qu’en ton cœur j’escritz, j'engrave, inspire. Ce que je diz en l’Escriture sainte Tu trouveras; où est bien au vif painte La Verité, que sçavoir tu desire.

Tous les sermons que l’homme te peult dire, Toute Escriture, ou miracle, ou presage Ne sont sinon du bien où je l’attire Tresseurs moyens, pour porter tesmoingnage.

Mais c’est bien grand plaisir Que de voir à loysir Livres de toutes sortes, Qui parlent du grand Dieu; Declarant en tout lieu L'œuvre de ses mains fortes.

Lon se doit resjouyr De gens sçavans ouyr Parlans des sainctz Escritz.

Lon peult voir les miracles Qui rompent les obstacles Des infirmes espritz,.

Mais si dedens le cœur La divine liqueur De ceste Vérité Ne prend ferme racine, Tout l'exterieur signe N'y vault, sans Charité.

Si ferme Foy tu as Du promis Messias Au fondz du cœur plantee,

v. 319 et suiv. 1947 et l'éd. Frank ne marquent

pas le début des strophes.

AU

Charité de sa flamme Rendra toute ton ame En bruslant contentee.

Par tout plaisir prendras L’Escriture entendras, Dont la fin est Amour.

Chacun sera tesmoing Dont tu n'auras besoing Que pour passer le jour.

GASPAR. Je croy ce que ne voy, Je sents ce que je croy.

Et pour tresseur le tiens:

Mais plus j'ay de scavoir, Plus me croist le vouloir D'ouyr les propos tiens.

De sçavoir j'ay envie, Plus que n’euz en ma vie, Que c'est qui est promis Aux Peres anciens; Parquoy hors des liens Esperent estre mys.

Quel est celuy qui vient, Quel bien il en advient Et en quel temps viendra; Que l’Escriture en dit, Quel sera son Credit,

Et quel throne il tiendra ;

Je ne me veux fascher D'un si grand bien cercher.

Car c'est tout mon soulas.

. Pour le trouver, la peine M'est joye souveraine, Jamais n’en seray las.

INSPIRATION. Pour scavoir tout au long par le menu,

60 Marguerite de Navarre.

Intelligence il te convient cercher; . Qui nul secret ne te voudra cacher, 430 Dont tu seras à elle fort tenu.

GASPARD. Que le partir ne soit plus retenu, Allons bien tost voir ceste noble Dame.

Nous tardons trop, le desir de mon ame Dit que seray trop tard au lieu venu.

BALTHASAR. JIlz s’en vont tous, et voyent | L'estoille.

435 O ma dame Philosophie, Dy moy que c’est par ton advis, Que ceste Estoille signifie; Car oncques telle je n'en viz.

PHILOSOPHIE. Je n’en peux faire le deviz;

440 Mais aussi tost que tu viendras

D'Intelligence viz à viz, Tout le secret tu entendras.

Elle n’est assise Ne au cercle mise 445 D'Estoille ou Planette.

Plus fort vous esclere Et sy est plus clere, Plus belle et plus nette.

Qu'elle est fantastique, 450 Elle est erratique Sans retrograder.

Elle se tient basse, Dont mon sçavoir passe A la regarder.

v. 449 suiv. 1547 et l’éd Frank ne marquent pas le début des strophes.

455 BALTHASAR. Plus je la regarde, Et plus il me tarde De sçavoir que c’est:

Elle est sy tresbelle, Qu'elle doit nouvelle 460? Apporter qui plaist.

MELCHIOR. Tribulation, qu’est ce là?

Une estoille voy merveilleuse.

Onques le ciel ne revela Chose qui semblast plus heureuse.

4655 TRIBULATION. Ceste estoille est fort lumineuse, Qui tous noz cœurs fait resjouyr:

Par Intelligence l’heureuse Tu en pourras nouvelle ouyr.

Le cœur doloreux 470 Elle fait joyeux, Qui bien la regarde, En elle ha liesse Et toute tristesse Elle oste ou retarde.

475 Devant nous se met Et au cœur promet, Qu'il recevra joye.

A mon jugement C’est enseignement 480 De seure montjoye.

MELCHIOR. Mon cœur triste et las

En reçoit soulas, Et ne sçay pourquoy; Fors qu'une esperance

485 Pleine d’asseurance

Il reçoit en soy.

Cerchons la pucelle

Dont le sens precelle

Marguerite de Navarre.

Tout entendement.

Le vray j'en sçauray, Dont rapporteray Grand contentement.

GASPARD. O dame, quelle belle chose De ceste estoille que je voy, Que la raison m'en soit desclose Par vous, à laquelle je croy.

INSPIRATION. Amy, il fault vivre de Foy, Et croire que soubz ce beau signe Est cachee de nostre grand Roy Nouvelle tresplaisarite et digne.

Ho, quelle rencontre!

Voy! comme elle monstre.

Nostre chemin droit.

Suyvir la te fault,

Et du don d’enhault Monstrera l'endroit.

Sans parler, sa mine Nous monstre par signe Quelque bien venu.

Car, amy, entens Que voicy le temps Long temps attendu.

GASPARD. Cœur, entendement,

De contentement Sont combles et pleins; Dont travail ne peine Courant mont et plaine, Maintenant ne plaings.

Je tiens pour tout voir Que par elle veoir Pourray un tel bien,

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