‹ ComédiesChapitre 23 sur 73 · INTELLIGENCE DIVINE · texte numérisé non relu

INTELLIGENCE DIVINE

Le fondement de tout mal et tout vice L'occasion d’obstinée malice,

Vient seulement de l’obscure Ignorance.

L'homme ignorant son devoir et service Et dont luy vient la grace et la justice Ne sçait que c’est de foy ne d’esperance.

L’exterieur ayant belle apparence,

Le rend aveugle, et de bon sens privé;

Mais faire peux du vray la demonstrance ;

Qui vient à moy il est bien arrivé.

PHILOSOPHIE. Voilà la Dame, Ô Roy, que t'ay promise;

Oy, croy, retiens son parler veritable.

TRIBULATION. Intelligence en ceste chaire assise Voy, et en prens doctrine proufitable,

INSPIRATION. Je t'ay mené en ce lieu delectable, Regarde bien d’y faire ton proufit.

PHILOSOPHIE. Or à Dieu donc.

BALTHASAR, . O dame charitable, Me lairras tu?

PHILOSOPHIE. C’est assez: il suffit.

TRIBULATION. A dieu, amy; tu es en bonne eschole. .

MELCHIOR. Helàs! pourquoi parts de moy sy soudain ?

TRIBULATION. J'ay mis à fin commission et

rolle, Retourner fault au seul bien souverain.

INSPIRATION. A Dieu celuy qui de ma douce main À eu le coup, qui le conduit icy.

GASPARD. Obeïr fault à ton vouloir certain:

A Dieu te dy, avec un grand mercy.

Bibl. rom. 2951299, 5

[ea © [é1]

Marguerite de Navarre.

BALTHASAR. Dame d'honneur, de tout sçavoir

le chef, Qui de David est la certaine clef.

A toy venons en toute humilité.

Si à l’obstiné ignorant son meschef, Te ferme et clos; et le ciel derechef Ly est fermé, c'est pure verité:

Celuy aussi duquel la charité Ouvre le cœur, le ciel luy est ouvert:

Ta doctrine est pleine de purité, Que le captif deslie à descouvert.

MELCHIOR. Philosophie et Tribulation,

Pareillement douce Inspiration,

Nous ont contraint de venir droit à vous:

L'une enseignant par démonstration;

L'autre par coups dé grande affection:

L'autre frappant le cœur d’un trait bien doux: En nous disant, hastez vous, courez tous :

Vers cette dame Intelligence sage.

Ce qu'avons fait; vous priant à genoux

Du vray sçavoir ‘remplir nostre courage.

GASPARD. Sçavoir voulons et chacun le desire,

Que ceste estoille ainsi clere veult dire,

Que jusqu'à toy nous a sy bien conduitz:

Si c'est le temps que le Souverain Sire

Par ses Esluz à fait prescher, escrire,

Qu'à luy seront tous les peuples reduitz; Laiïissant les Dieux par lesquelz sont seduitz, Pour adorer celuy qui doit venir;

Si à ce bien par toy sommes induitz,

Cest heur de toy confesserons tenir.

v. 098 Faut-il supprimer Si?

625 INTELLIGENCE. Plus grand plaisir n'aurez, o Roys, d'entendre

Les fat de Dieu, que nous devons apprendre, Parquoy soyez ici les bien venuz.

Premierement ce Livre vous fault prendre,

, Où tous humains verrez venir de cendre

630 Et retourner en cendre estre tenuz.

> D'’entrer au ciel ont esté retenuz

Par le peché de sot et vain Cuyder;

% Dont sont tous maux aux hommes advenuz Et en convint l’Ange du ciel vuyder.

Or regarde à ton ayse Ce livre de Genese, Tu verras comme Adam.

Sot Cuyder esblouyt, : Dont peu se resjouyt; Car il saillit d'Eden. Mais en telle destresse, Luy feut faite promesse Par divine sentence, Que la Serpent tortue, La teste aurait rompue Un jour par sa Semence.

Ceste promesse vive Feut reiterative Au temps du bon Noé, Par l'arche du deluge Figurant le refuge Dont il feut advoué.

. Dieu, qui l’arc au ciel mit, Luy monstra et luy dit:

Cest arc te soit pour signe, Que quand tu le verras Tresasseuré seras De paix douce et benigne,

68 Marguerite de Navarre.

. Puis au pere de Foy 660 Dieu dit, Abraham, voy Et nombre les estoilles, Si tu peux, du ciel hault, Et croy sans nul default Qu'en plus grand nombre qu'elles 665 Je multiplieray Ta semence, et pliray Devant un de la race Tout genoil; car par luy, Qui leur sera appuy, 670 Recouvreront ma grace.

Abraham sans sejour À creu, et veu ce jour; Et luy feut reputé Du Seigneur à Justice; 675 Car où est Foy, nul vice Jamais n’est imputé.

En ce livre des Roys Lon peult voir les desroys Où est tombé David.

680 Peché qui pique et mord, Ne l’a pu mettre à mort:

De Foy le Juste vit:

Dieu purgeant son peché, N'a esté empesché 686 De tenir sa parole; Luy donnant sans merite Sa grace non petite, Qui tout pecheur console.

Dieu luy promit de mettre 690 Tenant en main le sceptre Sur son siege Royal Du fruit du ventre sien; Monstrant qu'il aymoit bien Son serviteur loyal.

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Voicy un autre livre ; j Où Moïse, au delivre Montra bien clerement, Qu'il viendroit un Prophete D'entr'eux; duquel la feste A tous faisoit vrayment :

Disant, Qui ne croira

En luy, il perira.

Mais ceux qui y croiront

À jamais bienheureux

Et en fin glorieux

Par ceste Foy seront. Voici Esaïas,

Qui du grand Messias

A clerement parlé.

Crainte n’ha eu ne honte

D'en faire le beau compte;

Et nous à revelé,

Et predit qu'en ce temps,

Ainsi comme j'entens, Le Petit nous est né; Et que le Filz de Dieu Vous est en ce bas lieu

Par le Pere donné.

Il dit qu'il doit s'offrir À tous maux et souffrir Mort estrange et cruelle.

Voz pechés ostera,

Sur s0y les portera Par façon bien nouvelle.

Desja est Hieremie, Lequel ne se taist mye De ce divin propos.

En desolation Fait lamentation, Sans prendre nul repos,

LE

70 Marouerite de Navarre.

Et suyvant ses beaux ditz, Encor y en a dix Prophetes qui en chantent, Voyez les tous du long, 785 Branche, racine, et tronc, Croyez que point ne mentent.

Un prophete meschant, Balaam par son chant, De l’estoille a chanté.

740 Daniel compte et nombre Le temps [si] que de l’umbre Nul ne soit enchanté. .

Car un esprit bien prompt Umbre et tenebre rompt; 745 Entendant ses aubades, Qui chantent Christ venu Au temps que contenu Est en ses ebdomades.

Or chacun soit certain, 750 Que le grand Dieu hautain A fait cest Enfant naistre De son peuple Juif, Peculier et naïf; Duquel est Roy et maistre.

755 C’est vostre vray Sauveur, Par sa grace et faveur En Dieu serez uniz.

Ne vous fiez en vous, Car voz merites tous 760 . Ne sont que draps honnyz.

N'esperez sauvement Sinon tant seulement En son Election.

v. 141 1547 Le temps que de l’umbre (Frank:

si que)

A Pen

| Grace vous a esluz, 765 Qui fera le surplus Par sa dilection.

N: BALTHASAR. Touché avons le poinct; n°: Douter il ne fault point : 11 - De ceste verité.

D 70 Helàs, moy miserable, 4 Ce sçavoir proufitable 82 Pas n'avois merité.

MELCHIOR. Je sents mes yeux ouverts, ARR Et tous mes maux couverts TS Par toy, Intelligence.

Du mal que j’ay souffert, Puisque Christ m'est offert,

- Je sents toute allegeance.

780 GASPARD. De joye mon cœur fond:

D: Car ce qu'au plus profond ‘4 Foy avoit mys du Christ, % | Je voy par l’Escriture

74 La Verité sy pure,

Que j'en gouste l'esprit.

INTELLIGENCE. Sages et Roys, j'ay aussi advisé, Que vous devez à l'Enfant presenter Thresors et dons, non pour le contenter; Mais ainsi est de vous prophetisé.

BALTHASAR. O Dame, ainsi que l’avez devisé, Je choisiray dedens tout mon thresor

Le plus parfait, le plus fin et pur or,

De tout Tire imparfait divisé.

Marguerite de Navarre.

MELCHIOR. En mon païs croist en grand abandon Trescher encens, dont sort suave odeur :

Par Charité qui me brusle d’ardeur, Du plus exquis je luy en feray don.

GASPARD. J'ay en ma terre aussi la myrrhe esleué, Qui est contraire à la corruption:

J'en porteray pour en dilection Faire present à l'Enfant de valué.

INTELLIGENCE. Alles, Seigneurs, voir ce que vous croyez; Suyvez l’estoille, et ne luy faillez pas:

Car au droit lieu vous meinera le pas; Mais gardez bien que trompez ne soyez.

BALTHASAR. O dame, à Dieu; par qui les fourvoyez Sont ramenez au droit port de salut.

MELCHIOR. Tant le desir de te voir nous valut! GASPAR. A Dieu, par qui nous sommes convoyez.

BALTHASAR. Amys, il faut faire honorables offres À cest Enfant ; emplissez bien mes coffres De trespur or, plus cler que le soleil.

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