‹ ComédiesChapitre 28 sur 73 · T'ON NT SR QS CSS VU, D · texte numérisé non relu

T'ON NT SR QS CSS VU, D

… BALTHASAR. Dieü, qui nous a tous trois menez, Maintenant ne nous abandonne ; Mais ceste estoille nous redonne, Par qui nous sommes estrenez.

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| 1050 MELCHIOR. Voies l’estoille, voila là, D, ‘ Qui de nous se voulut cacher ;

Quand elle nous vist approcher

Il semble qu'elle se cela.

| GASPARD. Elle nous monstre par cela w 1055 Qu'autre chemin failloit tenir,

| Non pas au mauvais Roy venir.

Ce secret là nous revela,

Bibl. rom. 295/299. ARNL 6

82 Marguerite de Navarre.

BALTHASAR. Lon donne à Herodes le pre En ce pas, d’estre cruel 1060 Croyez qu'un Prince qui est tel, N'est de l'esprit de Dieu instruit.

MELCHIOR. Lon congnoit l'arbre par le fruit.

Làs, que le peuple est malheureux Qui vit soubs un Roy vicieux!

1065 En fin l’un et l’autre est destruit.

BALTHASAR. L'estoille ne va plus avant.

Voicy Bethleem la cité; Voyons où est le lieu cité Par elle.

MELCHIOR. C'est icy devant.

1070 GASPARD. En ce lieu ouvert à tous vents Penseriez vous tel Roy trouver.

BALTHASAR. Nous ne povons que l'esprouver:

La preuve fait l’homme sçavant.

LE PREMIER ROY, voyant l'Enfant de loing. 1075 © quelle consolation!

Quelle grande joye me tient!

MELCHIOR. Je ne stay dont cecy me vient, Mon cœur brusle en dilection.

GASPARD. Je voy ce qu'Inspiration 1080 Dedans mon cœur avoit bouté:

De ce que par Foy j'ay gousté J'ai maintenant fruition. |

BALTHASAR. D'amour nous sommes tous ardens ;

Baillez moy l'or que je luy porte.

1085 Frapper nous fault à ceste porte, Pour voir le thresor du dedens.

GASPARD. Trop sommes icy attendans Cea ceste myrrhe esluë et fine; En la portant fault que m'encline, 1090 Me prosternant dessus les dentz.

MELCHIOR. Baillez moy cest encens, trespur ; De bon cœur luy presenteray, Et à ses piedz me jetteray ; j Car il est Dieu, j'en suis bien seur.

1095 BALTHASAR. Il n'y a cœur qui soit sy dur ® Qui de grande joye ne pleure.

Seigneur, ouvrez nous sans demeure La porte de ce povre mur.

Ë MARIE. Joseph, oyez ; l’on frappe à ceste porte; “1100 Je sents l'esprit de Dieu, qui me conforte, À Et qui me rend de grand joye remplie.

Voicy le temps qu'il faut que dehors sorte ; Des saints Escritz la Verité tresforte;

: Et que chacun devant cest Enfant plie 1105 Teste et genoil; par quoy je vous supplie …. Ouvrez, ouvrez aux Esluz envoyez;

É La prophetie est en eux acomplie,

… L'estoille icy les a tous convoyez.

BALTHASAR. O Createur, qui toymesme com- L: prens,

111 Dont tout bien vient; et de nul, riens ne prens; ; Qui de tes mains as fait ciel, terre, et mer;

à 1088 ;: éd. Frank Car ceste.

Es

Marguerite de Navarre,

Dens cest Enfant auquel je te comprens, Le poinct, le but de mon salut j'apprens; Tant que (fors toy) rien ne puis estimer.

Tu es celuy seul que lon doit aymer, Craindre, honorer, reverer, et servir; D'humilité je me viens abysmer

A tes saints piedz, où me veux asservir.

MELCHIOR. © Toutpuissant, qui par ton bras

tresfort As retiré de peché et de mort, Voire et d'enfer ta treshumble facture !

O des Esluz l’heritage et le sort Des desolez le tresdoux resconfort, Et des pecheurs la delivrance pure!

Par cest Enfant auquel nostre nature

Dieu daigne prendre en sy petite forme,

Servir te veux, tant que vie me dure; En t'adorant, qui à toi me conforme.

GASPARD. O le plaisir et la suavité

Que j'ay de voir soubs ceste humanité

Dieu toutpuissant l’habit du pecheur prendre! En abbaissant ta grand sublimité,

Tu as l’orgueil par ton humilité

Tout mis à rien. O, qui pourroit entendre Ce que tu veux par amour entreprendre, Lon t'aymeroit, sans plus de toy douter.

A tes saintz piedz baiser je me veux rendre, Pour le doux fruit, que j'ay tant creu, gouster.

JOSEPH. Bien soyez vous venus, sages seigneurs,

Des autres Roys l'exemple et enseigneurs:

Du seur chemin qui au vray salut meine.

1033 éd. Frank: par ton humanité

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Souffert avez grans travaux, et douleurs ; Car tel chemin ne se fait sans labeurs.

De loing venez: l’Escriture certaine » 1145 L’avoit predit, ce n’est pas chose vaine, Lo Que vous viendriez du costé d'Orient:

4 Si au venir avez eu de la peine, 8 Foy vous fera retourner en riant.

BALTHASAR. Ce trespetit present, 1150 Que tu vois cy present, De ‘bon cœur je te donne, C'est Or trespur: car Foy Me dit que tu es Roy Portant sur tous couronne.

1155 Enfant de Dieu donné, Ho Du Pêre couronné

Sur sa sainte montaigne ; Il t'a donné le sceptre, Pour regner comme maistre ; À fin que ne te feingne

De son commandement Prescher bien hautement À son peuple çà bas.

4 Lequel, s’il se rebelle,

. 1165 De la verge cruelle

D. Le chastie et le bas.

-Les bons tu tireras Et les presenteras 4 Au pere, qui le soing

PLTO | T’a donné du troupeau ‘14 Autant vieux que nouveau, Autant près comme loing.

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: 1166 éd. 1547 la chastie et le

Ce petit bras d'enfance De frapper ha puissance Jusqu’aux fins de la terre.

Celuy qui mot ne donne Parle hault quand il tonne, Par esclers et tonnerre.

Enfant, seulement toy Pour mon Seigneur et Roy Je prens en mon courage.

De mon corps, de mes biens, De ce que suis et tiens, Seigneur, te fais hommage.

ii85 MELCHIOR. O Dieu, la vie et l’estre

De tous, comme au grand Prestre Et Sacrificateur, , Qui par un sacrifice De divine justice Es purificateur, L'encens dont la fumée De Dieu est estimée, :

Pour mieux te contenter, En laquelle liqueur Le desir de mon cœur Je te viens presenter.

Recoy le cher encens.

Cœur, corps, puissance et sens, Volonté et desir,

Faites en sacrifice,

Me purgeant de tout vice,

Car là gist mon plaisir.

Si tu pries le Pere

De nous estre prospere,

1190. dans l’éd. 1547: point après purificateur

1205 Tu le gaigneras franc.

L'homme a beau soupirer, Car il ne peult tirer Remission, sans sang;

L'holocauste et hostie 1077. De toy si bien bastie 1e Luy est seule agreable; Toy seul peux rapporter, Pour nous reconforter, Sa grace profitable,

1215 Or prens moy en ta garde; De ton œil me regarde, En toy me suis fié; Comme personne abjecte

| En t'adorant me jette

1220 En terre soubs ton pié.

GASPARD. O Dieu, en corps mortel Je te croy estre tel, Que par conjonction De toy à nostre cendre, 42925 Divins tu nous peux rendre Par ton abjection.

La myrrhe que voicy, Eslue, sans nul Si, 3 Te presente en pur don; 2290) Confessant que ton corps D. De Dieu misericors | Obtiendra le pardon

Je te puis voir en chair, Et baiser et toucher ; En 1235 Mais soubs chair delicate Ta puissance incongnue, Puisque l'heure est venue, Se demonstre et dilate.

Marguerite de Navarte,

Tel que t'ay creu, te voy.

Long temps y a qu’en moy Par Foy t'avoit planté Dame Inspiration,

Par vive affection Engravé et enté.

Ce qu’en mon cœur sentoye

Je le voy en grand joye, Dont j'ay contentement :

En ta mort voy ma vie, :

Dont mon ame est ravie Par amour fortement ;

Voire et par la liveur Des playes doloreuses Les ames langoureuses Ont santé et faveur.

Par ta dilection Seras oblation,

Car ainsi tu le veux:

Tu seras decraché Et le poil arraché De ta barbe et cheveux.

Comme cil qui se jouë, Presenteras la joué

Aux tyrans, te frappant.

En croix mené seras, Là où tu briseras La teste du serpent.

Petit corps ordonné De Dieu, abandonné .

À porter tous noZz maux; Làs, bien devons haïr Tout peché, et fuyr,

1255 éd. Frank et saveur

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Cause de tes travaux.

Bien cher te cousteray, Dont en terre mettray,

En t’adorant, ma face, A toy sans Si ne Mais M'adonne; et pour jamais Je demande ta grace.

MARIE. Le Dieu qu'avez par Foy en voz cœurs

mis,

Vous a icy pour voir son Christ transmis ; En vous-monstrant ce qu’avez voulu croire, Vous qui estiez Gentilz et ennemys Vous a esluz, et tenuz pour amys; Dont à jamais il en sera memoire.

Princes et Roys qui verront ceste histoire, Seront tresseurs qu'en faisant bon office, Sans y chercher que de Dieu seul la gloire, Auront leur part en ce grand benefice.

©O Roys heureux, qui pour l’empeschement De tous les biens de ce monde, qui ment N’avez cessé de cercher Verité; Honneurs et biens et plaisir largement Avez chassez du cœur soudainement, Pour y loyer parfaite charité:

Sachez qu’un cœur bien net par purité Bien voit son Dieu, et en luy le possede ; Non pas qu'il ayt un tel bien merité, Mais par l'amour qui tout amour excede.

L'Enfant par vous recoit dons et honneurs, Aussi par lui vous regnerez, Seigneurs ; Et obeïs, comme obey l'avez.

Roy le tenez, regnant dedens vos cœurs; Par luy serez et regnans et vainqueurs ; Car autre Roy que luy vous ne sçavez.

.En vous seront ses desirs engravez

Marguerite de Navarre. .

Et ne voudrez sinon sa volonté; Par vous seront reduitz les depravez, Honorant ceux de bonne volonté;

Vous le tenez pour grand Prestre admirable, Luy presentant encens d’odeur louable ; Mais pour vos dons croyez qu’il vous rendra Dieu (dont le nom estoit innominable)

Doux et bening, comme pere amyable, Qui pour enfans tresaymez vous prendra; Son oraison à l'oreille estendra

Du Dieu puissant; et son grand sacrifice Tant luy plaira, que pour vous obtiendra Destruction d’Enfer, de Mort, et Vice.

En luy donnant la Myrrhe, confessez Qu'il est mortel, et vos chefz abbaissez A reverer Dieu en ce mortel corps:

Aussi par luy bien tost seront cessez Tous les tourments, qui vous ont oppressez.

Car quand ce corps sera au reng de morts Hault exalté en croix, tirera lors

À s0y tous ceux qu'il a mortifiez;

Alors remply de ses divins accordz

Tous immortelz serez deifiez.

BALTHASAR. Jamais n'ouyz telle exhortation

Que j'ay ouy de toy, Dame prudente:

J’ayme et retiens ta predication,

Qui me sera en tous lieux aydante.

Pleine tu es, la chose est evidente,

Du saint Esprit, lequel parle par toy:

Ta grand vertu sur toutes eminente,

Te monstre bien Mere du treshault Roy.

1321. éd. Frank: dans ce mortel corps. 1332 corr. tous [les] lieux ?

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MELCHIOR. A Dieu, Peché: plus ne seras concierge

Dedens mon cœur: car j'ay du tout ouy

. Ce que m'a dit la tresheureuse Vierge;

13100 Dont pour jamais je seray resjouy.

Soudain devant son parler cst finy Tout le malheur que j'ay craint sy long temps. Je suis d'amour et de joye esblouy, Dame, par vous le content des contens.

1345 GASPARD. J'ay creu, j'ay veu; mais, Dame, ta parole M'a confirmé, tant que m'y veux tenir.

Par toy je sents que mon ame s'en vole A son Espoux, sans plus vouloir tenir Au monde bas; pour ce que retenir 1350 Elle a bien sceu ta parole et tes ditz; Pour à son Dieu povoir tost parvenir, Mort et tourment luy semblent paradis.

BALTHASAR. Penser fault du retour :

Trop faisons de sejour 1355 Au lieu dont partir fault.

MELCHIOR. Si je servois icy, J'y demeurrois sans Si:

Du surplus ne me chault.

GASPARD. Mes freres, nous sçavons 1360 . Que de rien ne servons A cil qui chacun sert,

BALTHASAR. A Dieu; cil qu'aymer veux Tousjours j'en fais les vœuz, Ta bonté le dessert,

Marguerite de Navarre. .

1%55 MELCHIOR. A Dieu, la larme à l'œil,

Je dis remply de dueil,

Enfant plaisant et doux.

GASPARD. O l’ame de mon ame .

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