Marguerite de Navarre
Merite bien, Seigneur, que tu luy nye De ta faveur le rayon gracieux.
Sa mauvaistié doit estre bien punie,
65 Qui veult tuer l'Enfant, que tu benie:
Sy tresparfait que la terre et les cieux, Pour l'admirer tournent vers luy les yeux.
Roys et Pasteurs en ont fait sy grand compte, Et le fier Roy, de tous le vicieux,
70 Cerche sa mort, son dommage, ou sa honte.
LE II ANGE. Ores sera le desert perissant Et sans nul fruit, plaisant et fleurissant, Quand ton cher Filz y fera son entree:
Du dur rocher sera ruisseau yssant, 75 Pour estre à luy du tout obeïssant; Et les haultz monts de loingtaine contree S'abbaisseront: et la vallée oultree Se haulsera de plaisir. pour le voir.
. La terre seiche y sera acoustree 30 De mille fleurs, pour mieux le recevoir.
Le III ANGE.
Dieu Toutpuissant, qui de tout peux jouyr, Helàs, fais tu le tien enfant fouyr Devant un fol, cruel, plein d’ignorance ?
Tu peux le ciel et la terre esjouyr, 85 Et tout soudain en l’abysme enfouyr Cil qui ne rend à ton Kilz reverence. \ Mais il te plaist qu'ainsi son innocence Souffre pour tous les pecheurs et nocents Pour conforter ceux qui par la souffrance 90 De l'ignorant souffriront innocents.
71 éd. 1547 le desert, perissant; Et ... fleurissant; Quand — 74 éd. Frank: sera rocher yssant . ..
Ty
Le III ANGE. Dedens ce desert tout destruit
J'abbaysseray la haulte branche, Pour donner à l'Enfant du fruit D'une volonté pure et franche.
MARIE. Pere du Filz, dont suis l’humble ser-
vante, Fille de toy qui me rendz tresscavante, Qu'en toy y a Nom de paternité:
Tu m'as fait Mere, et telle je me vante, Que tousjours suis ta volonté suyvante.
Par pure grace, en moy humanité Ton Filz a prins, par ta benignité; Un corps semblable à la chair de peché, Pour en ce corps tuer la vanité
D'Adam par qui le monde estoit taché.
L'homme, qu'est ce, que tu as eu memoire Ainsy de luy, qui d'obscurité noire L'as en lumiere et clarté retiré?
Visité l'as, le faisant en toy croire, Puis couronné et d'honneur et de gloire, En luy donnant ce qu’il a desiré.
C’est toy son Tout; qui à toy l’as tiré, Le faisant Dieu, et enfant du treshault, Apres l'avoir jusqu’au bout martyré; En confessant que de soy rien ne vault Rememorant tes graces et tes dons, Ta charité brillant à tous pardons, Ta patience et longanimité; Je crie en cœur, à tes œuvres rendons Graces, à DIEU et cœurs et mains tendons Vers le seul Bien, qui n'est point limité.
Recognoissons ceste sublimité,
111 éd. 1547 l'as tire — 119 éd. 1547 et Frank: Graces à DIEU, et |
Marguerite de Navarre.
Qu'amour a peu envers nous appaiser, Voire et unir à nostre infirmité Divinité, par amoureux baiser;
En te louant je passe jours et nuictz, En te voyant homme et Dieu, tous ennuys Sont convertiz en souveraine joye.
Quant chacun dort, plus esveillee suis
Pour contempler le bien que je poursuys, Que je possede, et perdre ne pourroye.
Mais en passant ceste mortelle voye,
Je poursuyvray d'esprit par grand desir, Qu'ainsi que moy par Foy chacun te voye, Et qu'en tous soit parfait ton bon plaisir.
LE PREMIER ANGE. O Joseph, pere putatif,
Leve toy, sans estre craintif Et prens l'Enfant, Sa Meve aussi, comme ententif:
Car Dieu, d'Herodes le chetif, Bien le defend.
Or parts donques secretement, Et t'en fuys bien hastivement .
Droit en Egypte.
Sois y Jusqu'au temps nommément, Que le te diray justement.
Or parts donc viste:
Car il adviendra que le Roy L'Enfant querra de plein effroy De tous costez, Pour le mettre à mort; mais croy moy, Il n'aura pouvoir sur ta Foy:
Point n’en doutez.
JOSEPH. O bonté qui accourts Au secours Des tiens, je te loue et mercie;