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Marguerite de Navarre.
Beuvant ou mangeant, Dormant ou songeant, Fault que la memoire Ayons du Seigneur, Rendans au donneur De ses biens la gloire.
Dedens nous il œuvre Et de nous se cœuvre Devant l'infidele ;
Qui par le dehors Ne voit que le corps Forme layde ou belle.
Le bien prend de l’homme, Et le mal, en somme, Regardant la chair,
Qui luy donne peine x
- Ou joye incertaine,
Qu'il ne peult lascher.
Mais si l'œil ouvert De chair descouvert Estoit par la Foy, Un esprit croiroit Que par Foy verroit.
En autre et en soy.
La Vie cachee Soubz la Chair tachee Verroit sy puissante, Qu'ostant sa laydure Lavant son ordure La rend innocente.
: Penser et vouloir, Desirer, povoir Vient de ceste Vie:
C'est nostre pasture, Sans qui la nature N'est point assouvie,
Comédies. PCNeITAS
Et voila pourquoy Je suis en esmoy De vivres cercher,
Qui nous font besoing, Puis que j'ay le soing D'un tresor sy cher.
O Dieu qui tout peult Et fait ce qu’il veult, Plaise toy m’entendre ; Viens nous secourir,
A fin de nourrir Mere et Enfant tendre.
Je laisse l'Espouse,
Laquelle repouse Avec le Petit;
Et je vois cercher Dont puisse estancher Soif.et appetit.
DIEU. Ma charité en moy mesmes s’esmeult, Et moy qui veux faire ce qu'elle veult, En rempliray le Ciel et Terre et Mer:
Par elle sus bons et mauvais il pleut,
Et soleil luit; dont souvent tel s’en deult, Qui m'en devroit louer et estimer.
Par elle metz la douceur en l’amer - A qui le sçait bien choisir et eslire:
Parfaite Amour ne scait sinon aymer, Et rien qu'amour ne peult chanter ne dire.
Je ne suis pas seulement amoureux
Mais suis l'Amour; par qui le hault des Cieux S'est abbaissé jusques au profond centre: J'ayme m'amye; et pour le dire mieux,
Je m'ayme en elle, et me voy en ses yeux :
Car j'ay porté mon Filz dedens son ventre.
Par elle sorts, sans en bouger, et entre;
Marguerite de Navarre.
La porte elle est close et fermée à tous, Fors à moy seul, qui en ressorts et entre, Comme il me plaist, car je suis son Espoux.:
La Montaigne est, de laquelle est couppée Sans main d’ouvrier, ferrement, ny espée Ceste grand Pierre, où gist ma congnoissance, Qui par amour de son lieu eschapee Venant en bas, a la terre frappée,
La reprenant d'erreur et d’ignorance.
La quelle est creuëé en sy grande puissance Qu'elle a passé tous les monts en hauteur.
C’est ce Mont gras où j'ay pris ma plaisance, Et duquel suis et Pere et amateur.
C’est ma Colombe et douce Tourterelle C'est ma parfaite amye toute belle, Qui n’ha en soy ny tache ny macule. | C'est mon chef d'œuvre: et si l’ay faite tellg Qu'il ny aura creature mortelle Qui soit pareille, Car à nul ny à nulle, Je n’ay voulu depescher ceste bulle D'exemption de tout vice et peché.
De mon seul Filz (ou tous biens j'accumule) Vraye Mere est, rien ne luy ay caché.
En ce desert dormant je la regarde.
Et Mere et Filz par ce regard je garde, Jusques au temps de moy preordonné.
Le vent et l'air de leur nuyre n'ont garde, «
Beste et Serpent je tiens; nul ne s’hazarde De leur toucher; car je leur ay donné Mon saufconduit, sy très bien ordonné, Que mal n'auront en tout leur long exil; Car jamais n’est du Pere abandonné
Le vray Enfant, quel que soit le peril.
En ce Desert, où ilz seront long temps, Donner je veux plus plaisant passetemps