‹ Comédies sociales et scènes dialoguées (volume 2)Chapitre 17 sur 129 · ACTE IIL · texte numérisé non relu

ACTE IIL

liE CHOEUR.

0 justice ! ô justice sainte et sacrée ! magnifique reflet de la divinité , quel est celui qui ne tremblera pas d* effroi en abordant ton sanctuaire? Quel est celui qui comprendra dans toute son immensité la redoutable mission qu'il accepte en osant finterpréter? Quel est celui qui, sans terreur , viendra dire aux bommes assemblés : « Kcoutez-moi , ceci est la vérité? »

Et pourtant, ô justice sainte et sacrée ! les hommes austères majestueusement assis à ton suprême et terrible tribunal doivent être sages parmi les plus sages , éclairés parmi les plus éclairés ; ils doivent imprimer à leur vie privée le caractère religieux et pur de leurs fonctions redoutables ; et de même que leur imposant costume ne ressemble en rien à celui des autres hommes , de même aussi leur existence solitaire et recueillie ne doit ressembler en rien à l'existence frivole et joyeuse des autres hommes.

En pourrait-il donc être autrement? Si celui qui doit absoudre ou condamner ses semblables ne les

dominait pas de tontes les fortes et coufageuses vertus d* une vie exemplaire fies innocents ne lui diraient-ils pas : — « De quel droit nous absous-tu ?» — et les coupables : — s De quel droit nous condamnes-ta? — Si tu as commis la faute , quelle est ton autorité pour flétrir la faute ? Ne frémis-tu donc pas, ô juge indigne ! lorsque tu t'écries : — Honte et châtiment à Tadultère, alors que toi-même tu es adultère ! — honte et châtiment aux passions mauvaises , alors que toi-même ta es sous le joug des passions mauvaises! Allons, allons, notre complice, qaitte ton trône magistral , et viens t'asseoir sur la sellette de Finfamie parmi nous autres criminels ! » Mais il n'en est pas ainsi , ô justice sainte et sacrée ! Ceux-là qui de leur voix solennelle et retentissante, comme les foudres du dernier jugement, proclament (es arrêts inexorables , ceux-là , tristes , austères et pensifs , imposent le respect et Tadmiration aux autres hommes ! C'est que ceux-là, tes élus, ô justice ! tes élus parmi les plus purs , ont dès leur jeunesse longuement éprouvé s'ils étaient dignes d'aspirer à cette mission sooveraine ! C'est que cenx-'Ià dans leur âge mûr ont exercé lenr formidable sacerdoce avec une estante et sereine vertu î C'est que ceuxlà dans leur vieillesse enfin , encore épurés par cette longue vie de résignation et de sacrifices, ont atteint le dernier degré du trône magistral, parce qu'ils ont atteint le dernier terme de sagesse auquel l'homme puisse arriver après avoir triomphé des plus rudes «épreuves.

^ii COAIÉDIKS SOCIALES.

Aussi te glorifie-t-on magnifiquement dans le vénérable et splendide cai-actère de cenx-là , qui sont adorés et bénis de tous comme tes plus divins organes, ô justice ! ô justice sainte et sacrée !

VA COHKDIK*

PKRSONKAGKS.

Madame GRASSKT.

Mudame UERMKUIL.

Le Ministre.

Page 1