SCÈNE PREMIÈRE
La icène se passe ches M. Jabulol, épicier.
M. JABULOT. — Eh bien! tu as beau dire et beau faire, vois- tu, Christophe, tu peux te vanter de fouler aux pieds , et sans rime ni raison , ton droit électoral, un des plus beaux droits que... enBn n'importe, un de tes plus beaux droits qui. . . enfin je m'entends. . .
CHRiSTOPHK. — Moi, pas... mais c'est égal, je vais te répondre. C'est mon droit , n'est-ce pas , je peux dooc en faire ce qu'il me plaît , je crois ? Eh bien ! si je veux l'employer ce droit , à rire , à faire des farces et des folies sans nombre , qu'est-ce qui peut m'en empêcher? Est-ce que je suis esclave? Est-ce que je ne suis pas Français ? Est-ce que si , au lieu de nommer pour député M. Dubreuil , M. Tristan de Saint-Maur, M. Godard, ou ce farceur qui n'est d'aucun parti, je veux nommer le Grand-Turc , ou M. de Xlaibrotiky je ne suis pas libre * ?
' On sp rappelle (('ii'aui avant-dernièros <'lerli»n<i le nom du rf**y
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tionale ! assez pêcheur à la ligne pour donner dans de pareilles bêtises !
JABULOT, haussant les épaules. — Tu me fais pitié... car M. Friquet dédaignerait de le répondre; mais si tu voulais seulement lire les journaux ^ (ii verrais ce que c'est que la politique...
<:hristoi»hk. — Des journaux ! mais je m'en abreuve,
je m'en noie de journaux : le Vert- Vert, le Fi-
tjaro, le Charicari, le Corsaire! Tous les journuuv farces enfin, et je sais que, si nous parvenons à faire élire le Grand-Turc, ils en diront de belles.
JABLLOT. — Elire le Grand-Turc, s'il est possible d'avoir une pareille idée! C'est à te faire enfermer, ma parole d'honneur! Car c'est bête... mais bête à manger du foin. Est-ce que le Grand-Turc se présente comme candidat? est-ce qu'il y songe seulement? Mais quand même il se présenterait (et tu me fais supposer là des choses bien peu probables, ma parole d'honneur), mais quand bien même il se présenterait, politique à part , quand ce ne serait qu'à cause de la religion et de la morale , ce serait une infamie... je ne crains pas de le dire, une infamie de lui donner ta voix !
CHRISTOPHE. — Ah ! bon , si tu tournes en marguillier comme sous la Restauration, bien, bien. (// chante.) Adoremiis ! I f Va, gros bedeau.
.lABULOT. Je ne suis ni bedeau ni marguillier, je ne suis pas superstitieux , je hais les jésuites, et je ne rends le pain bénit qu'à mon tour ; ainsi ce n'est pas le fanatisme qui m'égare. Mais quand je songe qu'eu
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Turquie, ces malheureux-là poussent, dit-on, le concubinage et Tobscénité jusqu'à avoir quelquefois (les quatre-vingts ou cent dames qui... Ah! allons donc , allons donc ! ( Avec indignation. ) Fi donc ! Giiristopbe. . . Si Tombre du chevalier Bayard , le modèle des chevaliei*s français, t'entendait, j'en rougirais pour toi.
CHRiSTOPHB. — Le chevalier Bayard était un gaillard à la guerre, je me plais à le reconnaître, mais voilât tout... Quant à l'amour, il me fait l'effet d'un fameux jobard. . .
JABULOT. — Bien, bien, ne ménage rien, pas môme lp respect de Bayard pour les dames.
CHRISTOPHE. — Il ne s'agit pas de Bayard, mais de notre Turc qui sera nommé. J'ai déjà mis de mon cAté le gros Bonnard et ses deux cousins, sans compter les trois frères Gorbins, qni me répondent, eux, (l'une demi-douzaine de voix pour notre amour de (iraod-Turc. Nous devins avoir ce soir une réunion préparatoire au Veau qui tette; tous enfants de la folie. . . Et parbleu ! si notre candidat n'a pas la majoritc, ça ne sera pas notre faute.
JARULOT. — Tiens, Christophe, tu me fais pitié ; je retourne à la boutique. Puisque M. Friquet n'est pas là, je vais envoyer mon épouse , elle te parlera raison et tu l' écouteras peut-être ; car, moi, je désespère de te persuader. (// sort. )
CHRISTOPHE , le poursuivant de la voix. — Mais j exècre la raison... moi... je suis un fils de la folie.
106 GOMKiyiES SOCIALES.