‹ Comédies sociales et scènes dialoguées (volume 2)Chapitre 46 sur 129 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

MADAME GODARD. — BoDJour, madame ; enchantée de vous voir. Ah ! comme votre petit dernier a Fair de jouir d*une bonne santë ! c'est un amour , c'est tout le portrait de M. Jabulot

MADAME JABULOT. — Vous étcs bien bonne , madame.

MADAME GODARD. — A propos , Godard m'a bien recommandé de vous dire , madame, que, si jamais M. Jabulot avait besoin de changer son tour de garde ou d'une exemption de service , mon mari , comme lieutenant de sa compagnie , ferait tout son possible pour lui être agréable.

MADAME JABULOT. — Je VOUS remercie bien , madame, mais M. Jabulot fait toujours exactement son service.

MADAME GODARD. — A qui Ic ditcs-vous, madame? mon mari répétait encore avant-hier au colonel de la légion : Quel superbe grenadier que M. Jabulot ! il a Tair d'un grognard ; et avec ça, c'est l'exemple de son peloton.

MADAME JABULOT, flattée. — Il cst vrai que Jabulot ressort assez bien sous ses buffleteries , et qu'il est très-doux de caractère.

MADAME GODARD. — Je VOUS le répète , c'est à la fois un grognard et un agneau, madame; aussi mon

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mari me disait Tautre jour : Quel dommage que le gouvernement soit en si mauvaise voie! avec des soutiens comme la garde nationale et les élections, et surtout avec des gardes nationaux et des électeurs aussi patriotes que M. Jabulot , où ne serait-il pas allé? Mais non , le gouvernement aime mieux se laisser avilir par l'étranger , ruiner le commerce, écraser le peuple ; mais ça ne peut pas durer.

MADAME JABULOT. — Quant à nous, nous ne nous plaignons pas, madame, notre commerce va trèsbien, et. Dieu merci, il n'y a pliis d'émeute. *

MADAME GODARD. — Oui , mais , voyez-vous , c'est lin calme perfide... c'est toujours comme ça avant la tempête.

MADAME JABULOT. — La tempête !

MADAME GODARD. — Oui, ma chère madame Jabulot, la tempête! croyez-moi, un affreux ouragan menace la société... On ne sait pas ce que tout ceci deviendra... Mais heureusement que ça unira, pour sur, par le gouvernement de Godard, et ainsi, comme (lit le proverbe , nous retomberons toujours sur nos jambes.

MADAME JABULOT. — \la\s qu'est-cc quc c'est donc que le gouvernement de M. Godard, madame?

MADAME GODARD. — Lc gouvernement de Godard, ou plutôt du parti de Godard, car il n'est pas assez (Ipspote pour être gouvernement à lui tout seul ; le '{ouvernement du parti de Godard est un amour de Ifouvernemcnt : plus de pauvres , plus de misère ; ^oot le monde heureux, ma chère madame Jabulot,

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tout le monde benreiu : des wiles charaïaats a4 trèscommodes pour les vieillards et les infortmiéft, où ils trouveront même juscp'aux petites doBceurs de U vie!

MAOAUK JABLLOT. — Ab ! mon Dieu ! maijm ce ser« donc comme ua miracle ?

MADAMB GODARD. — Du tout, cest très-sinp^ ; vous allez comprendre cela tout de suite. V^oua. m'avouerez qu'un monstre d'homme comme 11. Dubrewl, par exemple, qui a, dit-on , le front de s'opposer à (loAard, vous m'avouerez qu'un monstre d'homme pareil , oi sa petite mijaurée de femme, n'ont pas besoin de cinq à six cent mille francs de rente pour vivre; eh bien, qu'est-ce qu'on fait? On lui ea labsera cinquante mille , je suppose , et même ouiins , ce qui est eucore fort joli, et on partagera tout bonnement le reste aux pauvres mères de famille, aux pauvres vieillards, aux pauvres infirmes, etc. Vous voyez, ce n'est pas plus difficile que ça ; tout le monde est content, heureux ; chacun prend son cafo au lait le matin , ce qui fait singulièrement aller la consommation d'épiceries, et la France reprend son rang. Voilà, j'espère, ma chère madame Jabolot, la crème d'un gouvernement ; aussi j'ai répondu à Godard de la voix de M. Ji^bulot... C'est donc cho.se convenue, n'est-ce pas, madame?

MADAME iABULOT. — Madame...

MADAME GODARD. — Vous coDsentez... je le savais bien, et il n'y a rien de tel que les honnêtes gens pour s'entendre. . . Ah ! que j'étais bien sûre que ce

n'était pas & un M. Dabreuil que M. Jabuk>t aurait donné sa voix.

MABtAME JABULOT. — Pourtant, madame...

MADAME GODARD. — Il n'y a que des gens de n'en, de mauvais citoyens, des serviles, des esclaves , qui fassent des choses pareilles.

)1ADAME JABULOT, piquée. — Je ne me crois pas plus esclave qu'une autre, madame, et pourtant j'ai engagé mon mari, qui pense comme moi, à donner sa voix à M. Dubreuil.

MADAME GODARD. — Mais c'cst qu'elle plaisante à ravir, cette chère madame Jabulot!

M.^DAME JABULOT. — Je ue plaisante pas du tout, madame.

MADAME GODARD. — Ah ! par exemple ! je conuiais trop vos sentiments, votre délicatesse , pour croire cela, madame ; je vous demande un peu qu'est-ce qu'on dirait? Que c'est parce que M. Duhreuii se fournit chez vous que votre mari lui donne sa voix. . . Ce serait joli ! Du tout, du tout , vous n'êtes pas de ces gens-là, et je vous connais trop, ma chère madame Jahulot, pour ne pas compter sur la voix de votre mari en faveur de Godard et de son gouvernement.

MADAME JABULOT. — Je VOUS répète, madame, que je parle très-sérieusemen^ et ce n'est certainement pas parce que M. Dubreuil est une de nos pratiques, notre meilleure pratique, que nous irons lui préférer M. Godard ; au contraire. . .

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.M4D\MR GODARD. — Au coiîtraîrc? Eh bien î Y aveu est na'iT, au moins.

MADAME JABiJLOT. — Chacan est libre de nommer qui bon lai semble.

MADAME GODARD. — Oh ! saos doute , les millionnaires d'abord.

MADAME JABiLOT. — Quand ça se trouve, ça n'est pas à dédaigner; au moins ça fait aller le commerce.

MADAME GODARD. — Et ça parle bien! et c'est surtout bien flatteur pour l'amoor-propre de se voir représenté par de pareilles brutes, et par le fils d'un chaudronnier encore !

MADAME JABULOT. — Xous autrcs épicîers, nous ne pouvons pas nous plaindre de cela.

MADAME GODARD. — Oh ! c'cst uu bcau choix, bien digne de vous, en effet!

MADAME JABl LOT. ChaCUD SOD gOÛt.

MiDAME GODARD. — H y a dcs goûts bicu singuliers et bien ridicules toujours.

MADAME JABii.oT. — Oh ! SI mou mari avait nommé M Godard !

MADAME GODARD. — Il aurait au moins fait preuve de bon sens, et encore, madame, il y a certaines gens et- certaines opinions qu'il est plus flatteur d'avoir contre soi que pour soi. Adieu, madame.

MADAME JABi'i.oT. — Adicu , madame , votre servante. (Sort madame (iodavd.) (iÇ^m/^.) Voyez-vou.«< la péronnelle, avec son M. (iodard qui veut prendra dans la poche des antres pour donner aux infirmes ;

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a^fez donc lui préférer une pratique comme M. Dubreuil !

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