‹ Comédies sociales et scènes dialoguées (volume 2)Chapitre 48 sur 129 · LK LEG1SL.ATKLR · texte numérisé non relu

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je ne veux pas que tu votes pour M. àe Saiat-Maur et tous ses jésuites. . .

JABULOT. — Tiens , te voilà •comme teu frère , juste comme ton frère !

UADAUE JABULOT. — C'est possikle, mais moi je te dis que, si tu ne votes pas pour M. Dubreuil, tu dois voter pour ce M. Melval. M. Friquet disait qu il avait une petite femme charmante, et que leur ménage faisait plainr à voir.

JABULOT , avec dignité. — Je serais sous la hache du bourreau, ma femme, qu'on ne me fer4itt jamais donner ma voix à quelqu'un qui a l'audace d'avouer qu'il n'est d'aucun parti ! Ainsi ne me parlez plus de ce forcené-là... madame Jabulot, ne m'en parlez plus.

MABAUE JABULOT, impatientée. — Tiens, tu me fais pire, avec ton air bouffi. Eh! nomme qni tu voudras, après tout ; fais*toi moqnei* de toi ; sacrifie tes intérêts à je ne sais quelle bête de scrupule , li<* bre à toi...

JABULOT. — Sans doute, libre à moi ! et jamais on ne me fera voter pour quelqu'un qui n'est d'aucun parti... et puis , d'ailleurs , j'aime beaucoup ce M. Melval , qui fait le fier , le milord ! Ne fant-il pas qu'on aille le trouver, qu'on soit son serviteur de tout mon cœur? est-il donc pins gros seigneur que les autres candidats? Pas seulement une visite, une carte , une démarche auprès des électeurs ! M. Friquet dit à ça qu'on peut lire ses livres et voir sa vie privée ; mais il est encore bon là avec ses livres et sa

vie privée , M. Melval ! je me moque pas mal de ses livres , moi ! est-ce que j'ai le temps de lire ses livres , moi ? est-ce que j'ai le temps d'aller me mitiger dans sa vie privée? Gomment! ça veut être député' et ça ne sait pas seulement la manière de s'y prendre ! ça ne siait pas seulement Fa , b , c du métier.' Est-ce que ce n'est pas au candidat à venir prier les électeurs de vouloir bien le choisir?... Ah! c'est ce fai*ceur de Moutonnet, l'huissier-priseur , qu'il fallait entendre ! comme il vous l'a arrangé , ce M. Melval ! hier soir tout le café Saint-Martin en riait , mais en riait à s'en tenir les cètës !

MADAAiE JABULOT. — Puisque tu uc vcux pas le nommer, que faire?

JABULOT. — Je te répète que, si je ne vote pas pour M. Dubreuil , je revoterai pour M. de Saint- Maur... Et pourtant, c'est dommage, car M. de Saint- Maur , tout brave homme qu'il -est , c'est un noble ; tandis que M. Dubreuil me va, c'est un bon bourgeois comme nous; il est dans mes idées, et, comme me disait M. Friquet : c Je suis sûr que vous et M. Dubreuil vous vous entendriez très-bien ; vous êtes faits pour vous comprendre. * Tu te souviens , n'estce pas? Je ne lui ai pas fait dire ; aussi c'est ce qui me désole... c'est ce qui me donne tant de regrets! Ah ! mon Dieu! mon Dieu! quel embarras!... maudite commande ! comment faire ?

MADAMK JAHLLOÏ. — Ecoutc, Jabulot... tu hcsitcs, n'est-ce pas?

LE LÉGISLATKUR. liy

JABLLUT. — Franchement , si je n'hésitais pas , je serais déjà décidé.

MADAME JABULOT. — Eh hicu ! dans ce cas-là , il faut s'en rapporter au hasard ; parce que le hasard , c est toujours la volonté du bon Dieu , n'est-ce pas ?

JABULOT. — Ça , c'est très-vrai.

MADAME JABULOT. — Eh bien! tire à la courte paille ; comme ça ce sera le hasard qui aura décidé entre M. Dubreuil et M. de Saint-Maur , et tu n'y seras pour rien ; qu'en dis-tu?

JABULOT. — Tiens , tiens , tiens , tu as raison , ma foi ; j'aurai, comme ça, ma conscience en repos ; car, après tout, c'est Fessentiel.

MADAME JABULOT , prenant des allumettes. — ( .4 pctrt. ) Et moi je réponds du hasard. ( Haut. ) Choisis. . . , la grande allumette ce sera M. Dubreuil.

JABULOT, tirant. — A la grâce de Dieu!...

MADAME JABULOT, cossunt l'autre allumette. — C'est la grande. . . tu le vois bien ; c'est le sort qui le veut...

JABULOT. — A la bonne heure , je nommerai M. Dubreuil ; au moins , comme ça , je n'ai rien à me reprocher, j'aurai agi en conscience.

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