‹ Comédies sociales et scènes dialoguées (volume 2)Chapitre 53 sur 129 · JUILLET · texte numérisé non relu

JUILLET

On entend gronder le canon. La scène représente la grande coar d'an

magasin.

UNS FOULK d'ouvribrs. — M. GRlNET, monté sur

une caisse,

CRINET , s* adressant aux ouvriers, — Mes amis , le tocsin de la gloire a sonné, et de ce moment

•218 SCENES DIALUGUEES.

VOUS n êtes plus des ouvriers. . . vous êtes Français !.. . Ainsi plus de distinctions entre nous; non, plus de ces aristocratiques distinctions de maîtres à ouvriers. Xon, mes amis, non, mes concitoyens, à dater d'aujourd'hui nous sommes égaux, puisquà dater d'aujourd'hui je ne vous payerai plus vos journées. Car je suis moi-même trop bon Français pour vous donner de l'ouvrage quand les jésuites , par la voix des ordonnances, veulent vous ôter, vous ravir votre pain; maintenant, mes concitoyens, unissons tous nos efforts contre les vils satellites du pouvoir... mais, avant tout, convenons bien de ce que nous voulons obtenir...

LKS OLIRIKRS. — Oui.... oui , puisquc les maîtres nous refusent de l'ouvrage , il faut que le gouvernement nous donne de l'ouvrage... A bas la calotte.

CRixKT. — Je me joins à vous du plus profond de mon cœur quant à la calotte , mes concitoyens. Mais il vous faut plus que de l'ouvrage, oui, mieux que de l'ouvrage ; on donne de l'ouvrage à de vils mercenaires, à des manœuvres, et non pas à des hommes libres.... Ce qu'il nous faut... à tous ! ce sont des droits politiques.

JACQLKS LOPix , ourrier. — Ça donne-t-il du pain?

CRIXKT. — Si ça donne du pain ! ça donne plus que du pain , Français ! ça donne toutes les aisances de la vie. . . puisque dès qu'on a les droits politiques, un fait la loi soi-même. Alors faisant la loi soi-même, on se fait une loi qui vous donne des douceurs infinies à vous-même Voilà ce que c*est que les

M. CRIN ET. ii[)

droits politiques, qui sont l'apanage de tous les hommes civilisés pai* la liberté , comme nous devrions l'être y si les ultramontains ne nous asservissaient pas comme les derniers des derniers !

LES OUVRIERS. — Alors , si ça nous donne du pain, nos droits politiques ou la mort !....

CRiNET. — Ce nest pas tout, mes concitoyens!... Ne souffrons pas que les vils satellites du pouvoir enchaînent notre liberté sous le prétexte de la force armée. . . Montrons que nous sommes de vrais Français ; montrons-nous les digues fils de la colonne ; demandons le rétablissement des officiers de la garde nationale , et surtout souvenons-nous du Constitutionnel et du grand Xapoléon !

LES OUVRIERS. — Oui... oui... la garde nationale ou la mort ! Vive l'Empereur ! à bas les jésuites ! vive la Charte !

CRINET. — Je dis comme vous, à bas les jésuites, car c'est le cri de la nature... Mais ce n'est pas tout, à bas les courtisans, les hommes de la camariUa qui ont condamné les sergents de La Rochelle ! Jugeons-nous nous-mêmes, et demandons le jury en matière politique ou la mort !

LES OUVRIERS. Oui... Oui...

CRINET. — Ne souffrons pas non plus que les ennemis des lumières viennent étouffer. . . la civilisation dans le bonnet de la Liberté , qui veut celle de la presse, et qu'on ne vienne pas vous empêcher de chanter la Colonne et les vieux grognards... qu'on

^àO SCK.\ES DtALOGUKËS.

vilipende dans Tbonneur national de la France en méprisant la Gharle et le grand Napoléon. '

JACQUES LOPIN. — Mais qu'est-ce que ça nous* fait, à nous autres ouvriers, les droits politiques...

CRiNET. — Qu'est-ce que ça vous fait? Gomment ce que ça vous fait? Mais tu n'es donc pas Français alors? tu n'es donc pas bonapartiste?

Lopm, indigné. — Moi, pas bonapartiste ! au contraire, bonapartiste à mort... Le petit caporal, Dieu de Dieu ; moi, pas bonapartiste ! Vive l'Empereur !

CRINET. — Tu aimes donc les calodns? les jésuites? qui veulent avilir la Colonne en y mettant le Saint-Sacrement tout en baut !

hovi^ y furieux. — Ob! les scélérats... les gueusards... Mais je les haïs, les calotins. Je voudrais pouvoir les manger tout vivants, quoi !

CRINET. — Ëh bien, alors... tu vois donc bien que tu veux les droits politiques ! C'est ça qn*on appelle vouloir ses droits politiques !

Lfiâ OUVRIERS. — Oui, oui, les droits politiques ou la mort !

LOPIN, convaincu. — Ah ! c'est différent. ( Criant plus fort que les autres.) Nos droits politiques ou la mort!

TOUS. — Oui, oui.

CRINET. — C'est bien, mes amis ;,. maintenant marchons à l'ennemi... et passez devant...

TOUS. — Oui, oui, vive l'Empereur ! vive la Liberté ! à bas la calotte, vive la Charte ! {Ils sortent en tumulte.)

M. GRINET. 221

CRiNET/^tvwe sa porte, se met derrière et regarde par un guichet, en disant : — Les voilà lancés , ils vont aller fout seuls, et si nous avons le dessus , je serai officier de la garde nationale, et peut-être fournisseur de... Ah çà, de qui?... Ma foi, de l'autre...

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