ACTE PREMIER
Le théâtre représente un paysage de l'île de Scyros, sur le rivage de la mer Egée» — Au fond, la mer tranquille^ au delà de laquelle on aperçoit Us trois petites îles du golfe. — A gauche du spectateur est une large grotte, dans laquelle on entre par le rivage,
. et dont le fond, percé à jour, s'ouvre sur une galerie naturelle qui est censée se perdre sous les flots. — Du même côté, et plus près du spectateur, s'élève un autel, — A droite du spectateur, la maison du roi Lycomède, surmontée d'une terrasse ornée d'arbres et de fleurs, et à laquelle donne accès un péristyle détaché, à colonnes. Devant la maison, mais placée de façon à n'en pas gêner l'entrée, est une table de pierre, — Entre la maison et la mer, on voit le commencement praticable éPune large avenue bord/e d'oliviers, de grenadiers et de lauriers-roses. Au lever du rideau, Achille, entouré par Thétis et par des Néréides, est couché et endormi sur une roche moussue placée d Ventrée de la grotte,
SCÈI^E TliEMIÈIlE
THÉTIS, ACHILLE d'abord endormi, LES Néréides.
THÉTIS, aux Néréides.
Oui, celui qui dort là de ce sommeil tranquille, C'est mon enfant aux pieds légers, c'est mon Achille, Et moi. Déesse, moi Thétis, j'ai sous les flots
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Ainsi qu'une mortelle exhalé des sanglots,
Car les chefs achéens, tous affamés de Troie,
Guettent ce fils, mon seul trésor, comme une proie.
O Néréides, tout menace mes amours.
Car llios au front environné de tours
— C*est l'arrêt du Destin, sur son trône immobile, —
Ne tombera jamais que par le bras d'Achille;
Et lui-même, ce fils adoré, mon seul bien,
Baignera de son sang le rivage troïen.
Mais du moins, s'il devra mourir pour leur défense,
Il vit, tant que je puis dérober son enfance
Aux Danaens, du meurtre et du pillage épris.
O filles de Doris, mes sœurs I enfin j'appris
Qjiel sort le menaçait, tandis que pour l'instruire
Aux durs combats le fils monstrueux de Philyre
Lui montrait, l'excitant de sa puissante voix,
A poursuivre les loups et les ours dans les bois.
Acharnée à sauver mon fils, en ma folie.
J'ai couru vers les monts de l'âpre Thessalie;
Dans la caverne ouverte au flanc du Pélion
Je l'ai retrouvé, fier comme un jeune lion ;
Je l'ai repris par ruse au fidèle Centaure;
L'ayant endormi, sur la mer au flot sonore
Je l'ai, dans une barque, amené jusqu'ici.
Mon enfant ne s'est pas éveillé : le voici
A Scyros, où déjà son renom le précède.
Et devant la maison du vieux roi Lycomède,
Cachée en ces jardins où le laurier fleurit.
A ce moment, Achille /éveille, et levé â demi, sans être vu de Thitis et des Néréides, écoute les paroles de sa mère, avec curiosité d'abord, puis avec une impatience indignée, — Thétis continue.
Or, voici quel projet est né dans mon esprit.