‹ Comédies (volume 2)Chapitre 153 sur 182 · ACTE II, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III

Pareils aux purs joyaux pleins de clartés vermeilles Qjie naguère Aphrodite a reçus de son fils.

A Achille.

Pour toi, qui parmi nous es la plus sage, Iphis,

Lui tendant une quenouille.

Prends, pour charmer tes yeux où le ciel se reflète. Cette quenouille, avec sa laine violette 1

Comme Achille hésite, elle le regarde tendrement et insiste. Prends, chère âme. Elle est belle et d'un travail parfait.

ACHILLE, prenant la quenouille.

Oui, la quenouille sied aux femmes, en effet! L'épouse diligente, en sa maison tranquille.

Tient dans ses doigts pensifs la quenouille ; elle file. Et sa laine toujours s'épuise, et le fuseau Voltige dans sa main de lys, comme un oiseau. Et toujours attentive et sans reprendre haleine D'une main diligente elle file sa laine.

Songeant au cher époux qui d'un pays lointain Doit revenir vainqueur et chargé de butin.

Où l'emportent les Dieux? Que fait-il à cette heure? Peut-être sur le flot qui sanglote et qui pleure Son navire penchant sur quelque gouffre amer Est encor le jouet des monstres de la mer, Ou bien déjà peut-être il court dans les mêlées, Terrible et menacé par cent flèches ailées ; C'est ainsi qu'elle songe à son époux absent.

Achille s'anime peu d peu, tandis que les Princesses, penchées vers lui, tremblent qu'il ne se trahisse, et qu'Ulysse et Diomède, espérant surprendre enfin son secret, l'écoutent curieusement.

Lui, cependant, couvert du casque éblouissant.

510 DEÏDAMIA

Il tient son ennemi sous ses yeux, face à face. Il prend ses javelots et vise à la cuirasse.

Brandissant la quenouille comme «ne arme.

Tiens, dit-il, déchiré par Tairain qui te mord. Sens tomber sur tes yeux les ombres de la mort ! Tombe, victime offerte à la gloire d'Hélène I Meurs 1

DIOMÈDE, bas, à Ulysse.

Par les Dieux ! avec sa quenouille et sa laine. C'est Achille I

ACHILLE, continuant.

Meurs donc sous le soleil qui fuit.

Et les chiens afiamés viendront pendant la nuit Et te déchireront sous les murailles hautes I

L'Intendante, suivie de deux Servantes, est venue parler bas d Deîdamia, qui tout à coup, interrompant Achille, ^adresse d Lycomède.

DEÏDAMIA, à Lycomède,

Mon père, le festin préparé pour tes hôtes

Les attend, et, lassés d'un long voyage, enfin

Ils pourront à loisir rassasier leur faim

Et boire les doux vins de nos coteaux prodigues.

LYCOMÈDE, à ses hôtes.

Venez donc.

ULYSSE

Nous avons affronté des fatigues Nombreuses, sans quitter l'épée aux clous d'argent. Depuis que nous cherchons Achille, en voyageant Sur l'orageuse mer dans de frêles nacelles.

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