‹ Comédies (volume 2)Chapitre 173 sur 182 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

SCAPIN

Voilà mon sein 1

// ouvre son couteau.

Veux-tu, dis, que ma vie en sorte?

Il ferme son couteau et le remet dans sa poche. — Avec indignation .

Mais Scapin marié I Q,ue diraient mes aïeux.

Mon passé, mon histoire, et ces bandits joyeux Qui chantent mes hauts faits en pinçant leur guitare ? O prodige inouï 1 Monstruosité rarel Coup d'oeil inattendu 1 Non, plutôt que de voir Cette métamorphose horrible à concevoir Du lion subissant une injure dernière, On verrait le Vésuve à l'ardente crinière Changer, sur les sommets où son panache luit. Son aigrette de flamme en un bonnet de nuit, Et, quittant les forêts qui lui servent d'asile. L'ours de Norvège errer dans les monts de Sicile 1 Chez nous grandit le myrte et non pas le sapin. Et Scapin marié ne serait plus Scapin I Malgré les accidents, les revers, les désastres. Je reste moi. Voilà comme on va jusqu'aux astres!

NÉRINE, à part,

Ahl tu fais le Cyrusl Mais pour te châtier, Je m'en vais te servir un plat de ton métier.

SCAPIN, avec une pitié outrageante.

Encor, si vous étiez de ces filles d'intrigue, Amantes du péril que leur grande âme brigue 1 Une Frosine allant jusque chez Harpagon Voler la toison d'or sous les yeux du. dragon I Je céderais I — Mais quoi ! tu n'as pas de génie.

Naïve comme Agnès et comme Iphigénie,

Tu n'es qu'un pauvre agneau fait pour la dent des loups.

De quel pas suivrais-tu le prince des filous

Qui s'en va triomphant vers la race future?

Je t'explique cela. Tu comprends? La nature

N'unit pas au lion l'antilope aux yeux bleus ;

Elle met les grands pics sur les monts sourcilleux,

Et, comme la tempête est du gouffre jumelle,

Pour assortir Scapin veut un Scapin femelle !

NERINE.

Mais...

La foudre ne peut épouser que l'éclair.

Grandis. Sois gigantesque et tu m'auras. C'est clair.

NÉRINE, à part.

Tu m'auras!

A Scapin f avec une hu%nilité pompeuse.

O mon roi I

Changeant de ton.

Tu t'en fais bien accroire Pour quelques méchants tours fort dépourvus de gloire ! Quoi, duper des barbons chancelants, et taillés Sur un patron si vieux qu'on les croit empaillés ; Ramper sur des tessons, comme l'antique Dave, Pour boire en frissonnant du vin dans une cave ; Te barbouiller de fange et de sang, comme si Des spadassins t'avaient assommé, tout ceci Pour voler, une montre à quelque Égyptienne ; Descendre à copier cette aventure ancienne De travestissement, faire le loup-garou

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