‹ Comédies (volume 2)Chapitre 35 sur 182 · ACTE II, SCÈNE Vl éj · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE Vl éj

MÉLITE, bas, à Eunice,

On dirait qu*en ces lieux un charme tout-puissant La tient captive.

DIANE, à part.

Éros!

Éveillée tout à coup et comme en sursaut par son propre cri, Diane s*apprêle à partir avec sa Nymphes. Au moment où elles vont gravir le coteau, entre Éros, beau, triomphant, tenant â la main son grand arc d'or, coiffé du bonnet phrygien, et portant sur son épaule la dépouille du lion de Némée. Il s'avance fièrement, le regard assuré, puis il vient ^agenouiller devant Diane, dans une attitude pleine d la fois d'orgueil et de respect.

ÉROS, à Diane.

Aux clartés de l'aurore Rougissante, un coupable au cœur tremblant implore Ta pitié, car l'exil courbe son front si fier. Ahl conjure pour lui le puissant Jupiter 1 Ne l'abandonne pas dans la vallée amère Des hommes, et rends-lui les baisers de sa mèrel Celui qui te supplie à genoux en ce lieu.

C'est le nocher fatal de Cypre : c'est le Dieu Superbe, qui jamais n'a supplié personne !

C'est le sanglant chasseur, dont le carquois résonne De flèches d'or; celui que révère Ilion Et qui dompte les Dieux cruels et le lion.

C'est le vainqueur d'Alcide à la trace enflammée, Qui porte la dépouille horrible de Némée.

Il t'implore!

M ÉZ.ITE, suppliant Diane,

Diane, il périrait d'ennui !

Pardonne-lui 1

EUNICE.

Son front est doux, pardonne-lui.

MÉLITE

C'est un enfant I

EUNICE.

D'ailleurs, n'es-tu pas la plus forte ?

Pardonne.

EUNICE.

Exauce-nous.

Glaucé n'a pas osé mêler ses prières à celles de Milite et d'Eunice; mais son attitude, son geste, l'expression de son visage supplient et trahissent son angoisse. Tout en écoutant Eunice et Milite, c^est Glauci seule que Diane regarde; c'est à elle seule que ripond la muette incertitude de la Déesse. Enfin Diane, comme vaincue, jette à Glaucé un de ces regards de femme à femme qui expliquent tout et contiennent des mondes de pensées; et, lorsqu'elle parle d Eros, continue à avoir les yeux attachés sur elle.

DIANE, regardant Glaucé, à Eros.

Éros, ma haine est morte.

Et son aile, brisée enfin, n'a plus d'essor.

Enfant, tu reverras ta mère aux cheveux d'or.

Eros se relève, et, respectueusement incliné, baise la main de Diane.

GLAUCÉ, à part, avec une profonde mélancolie.

Malheureuse 1 c'était l'Amour 1 ô lit de mousse 1 Forêt 1 Baiser d'un Dieu qui me brûle 1 Heure douce, Enfuie, hélas 1 Pour moi qui marchais dans les fleurs. Quelles éternités cachent assez de pleurs I

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