‹ Comédies (volume 2)Chapitre 5 sur 182 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

SCÈ'H.E II

ÉROS, GNIPHON.

ÉROS

Ah 1 méchant I // lie Gniphon avec des branches d'/glanlier.

Tiens ! raille encor les Dieux jaloux 1 épie encore I^ forêt 1 un lien de roses te décore, Montre aux Nymphes ce front qui les ensorcela I Méchant Satyre 1

GNIPHON, s'é veillant en sursaut, HeinI Que veut dire cela?

// regarde autour de lui; mais Eros est caclté. Gfiiphon ne voit personne.

Parlez. Où suis-je? On m'a lié, quelle folie I Laissez-moi. Je veux fuir. Je défends qu'on me lie. Par le Styx 1

ÉROS, se montrant tout à coup et riant.

Tu défends?

GNIPHON, pleurant et joignant les mains.

Non, je te prie, hélas 1 Est-ce toi, cher enfant, toi, bon berger Hylas, Qui m'as pu maltraiter de la sorte?

ÉROS

Moi-même.

GKIPHON.

Délivre-moi 1

ÉROS

Non pas.

GNIPHON.

Rends-moi le bien suprême, La liberté! Vois-tu, mon visage est bouffon; Mais j'ai le cœur si doux 1 Je faime.

É R G s , feignant de sortir.

Adieu, Gniphon.

GNIPHON, désolé.

Veux-tu ma flûte, dis ? Qjie te feut-il pour être

Généreux ? Je te garde une coupe de hêtre

Sur laquelle un renard mord des raisins touffus !

Et je te guiderai vers des antres confus

Où les Nymphes, pliant leurs bras en guise d'ailes,

S'endorment en plein air comme des hirondelles.

Ami, délivre-moi; je suis vaincu. J'ai faim.

ÉROS, déliant Gniphon, Avec dédain.

Va donc te faire pendre 1

GNIPHON, triomphant et fanfaron .

Ah ! je suis libre enfin !

Imprudent 1 tu sauras la peine qu'on s'attire A navrer sans motif un honnête Satyre !

Sur ma discrétion tu peux mettre une croix.

Ah ! tu viens nous tailler des croupières ! Tu crois Mener les gens au gré de ta tête fentasque I Nous lier? Nenni, da. Je te connais, beau masque!

Page 1