‹ Comédies (volume 2)Chapitre 7 sur 182 · ACTE I, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II

Et rangeant à Tamour l'étemelle cité 1 Mais comment a fini cette félicité Q.ue ne troubla jamais le regard d'un profane? Dis, enfant?

ÉROS

Tu connais la cruelle Diane.

Elle seule, gardant le carquois des chasseurs, N'osa pas de l'hymen affronter les douceurs, Et sa poitrine où vole un parfum d'ambroisie Sous les rayons du soir trembla de jalousie.

Elle vint dans l'orage, aux lueurs de l'éclair, Embrasser les genoux du divin Jupiter.

L'Olympe était perdu d'honneur, assurait-elle, Si l'on ne me chassait de la troupe immortelle ; Elle disait aussi que par tout l'univers Les poëtes raillaient nos fautes dans leurs vers, Et riaient d'avoir vu sous des ailes de cygne Celui qui fait frémir les étoiles d'un signe I Pour elle qui se plaît, redoutable à nos jeux, Dans l'horreur des déserts et sur les pics neigeux, Tremblante de la honte où ce mépris la jette. Elle voulait s'enfuir dans les bois du Taygète, Et dans les antres noirs, pendant l'éternité. Ensevelir sa haine et sa virginité.

Qji'elle était belle ainsi, la Nymphe tutélaire. Tordant sa lèvre ardente et rouge de colère ! Jupiter l'exauça, je partis pour l'exil.

GNIPHON, à part.

Et, certes, Jupiter ce jour-là fut subtil!

Hautf hypocritement.

Hélas !

lO DIANE AU BOIS

ÉROS

Ne me plains pas, car ma vengeance est mûre.

Déjà, glacé d'ennui, tout l'Olympe murmure, £t boit avec dégoût la céleste liqueur :

J'en partis suppliant, j'y reviendrai vainqueur ! Mais, vois-tu, mon secret est né dans ce bocage Comme il y doit mourir ; c'est pourquoi je t'engage A n'en confier rien aux passants, rien aux bois. Rien à l'oiseau, rien même à la biche aux abois 1 Si tu trouves pourtant l'aventure plaisante.

Parle, mais on te change en bête malfaisante, En vieux saule difforme, ou bien en rocher noir, Et toi, si gracieux et si charmant à voir.

Tu feras de la sorte une laide figure !

GNIPHON.

C'est la bataille I Eh bien, j'en accepte l'augure. Et, si j'étais bavard, je pourrais dire aussi Que, le soir, quand la lune au reflet adouci Fait briller sur nos fronts sa clarté diaphane. Tu courtises Glaucé, la Nymphe de Diane.

ÉROS

Visions !

GNIPHON.

La Déesse aime ce bois sacré.

Elle y viendra sans doute, alors je lui dirai En effleurant du doigt tes boucles vagabondes : Voilà celui qui veut ravir tes Nymphes blondes !

ÉROS

Chimères I

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