Comédies
O U s les systèmes qu'on invente à propos du « théâtre » pourraient sembler vrais^ si la raison scientifique, l'étude du fait ne les réduisaient à néant. En effet, la Comédie est directement née de l'Ode; et en art comme en histoire^ naturelle, une espèce ne persiste qu'à la condition de garder ses caractères primitifs. Ce ne fut d'abord que pour permettre au chœur un peu de repos qu'on coupa ses chants d'un récit prononcé par un personnage, et ainsi l'Ode est la
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génératrice essentielle de la poésie dramatique. Elle représente l'élan de notre âme vers la divinité et vers la nature extérieure; et tant qu'elle fait partie de la Comédie, soit qu'elle y conserve sa forme absolue, soit qu'elle y soit seulement représentée par le Lyrisme, exprimé en vers ou en prose , la Comédie est complète et vivante. Quand le contraire se produit, elle dépérit et devient ou, comme au XVIII* siècle, des abstractions qui bavardent, ou comme à d'autres époques, une plate et stérile imitation de la vie. Tous les maîtres, tous les génies ont été pénétrés de cette vérité ; c'est pourquoi Corneille écrivait ses monologues rhythmés et ses stances, Racine ses chœurs admirables, Molière ses divertissements où intervient la poésie pure ; et c'est pourquoi, dans l'œuvre shakespearienne, la voix du drame est si étroitement mêlée avec celle de la lyre. La bouffonnerie ou le comique, c'est-à-dire la représentation de l'homme-
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animal, faisant la grimace de ses vices et de ses appétits, soulève notre cœur de dégoût, si à côté de ces images de notre chair éprise de la fange, nous ne voyons pas celles de nos âmes avides du ciel, et le réclamant dans un langage surnaturel et divin. Le juste amalgame de ces deux éléments, c'est Aristophane; le comique sans lyrisme n'est qu'un spectacle de marionnettes. Notre poésie dramatique, d'où peu à peu s'était enfui le souvenir de l'Ode, était tombée au dernier degré d'appauvrissement et de misère, quand Hugo parut, et dans ses puissants creusets, ressuscitant l'art de Shakespeare, mélangea si intimement la poésie tragique et la poésie lyrique, pour en faire comme un seul et même métal, qu'il semble impossible de les séparer désormais. Ce qu'il a fait pour la Tragédie, dans mon petit coin, avec mes humbles forces, et sans en rien dire, j'ai tenté de chercher comment on pourrait le faire pour la Comédie. De là les essais
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que je réunis aujourd'hui, et que je soumets au public sous la forme du livre, avec la conscience d'avoir obscurément combattu pour une juste cause.
Paris, 10 janvier 1878.
DIANE AU BOIS
COmÉTiIE IIÉ-TIOÏQUE