Acte I, scène VI
DIANE, avec un geste menaçant.
Va!
G N I P H O N , montrant un arbre touffu, à part. Je serai fort bien, pour tout voir, dans cet arbre! Il feint de sortir, et grimpe dans l'arbre, où il se blottit. Diane entraîne Glaucè sur le devant de la scène, et là, la tenant par la main et la dévorant du regard, lui parle à demi-voix avec une vive émotion £t une colère qu'elle ne peut contenir.
DIANE, à Glaucè.
Et toi, toi, maintenant, parle,
CLAUCÉ, à part.
Je meurs d'effroi !
DIANE, à Glaucè.
Parle, dis quel infâme était là près de toi?
GLAUCE, balbutiant.
J'étais seule...
DIANE
Ah ! tu mens, à présent. Toi si pure ! Ce bruit qui m'a frappée au cœur, comme une injure, Ce baiser... car c'était un baiser, n'est-ce pas?
G t A u c É , pâle de terreur.
Non, reine.
DIANE
Si perfide! Elle qui sur mes pas.
Chaste, faisait songer aux neiges de la Thrace ! Ce n'est pas un baiser? Caches-en donc la trace Au moins! Dis-moi pourquoi ton front reste abattu? Pourquoi donc frémis-tu? Pourquoi donc trembles-tu?
26 Diane au bois.
Réponds. Celte rougeur, d'où vient-elle? Sans doute La fatigue, le vent? Parie donc, je t'écoute!
GLAUCÉ, suppliante.
Déesse !
DIANE
Teschcvejx, qui les a dénoues?
Une branche, en passant !
Voyant des larmes dans les yeux de Glaucc.
Ah ! les Dieux soient loués !
Tu pleures ! Tiens, vois-tu mon visage ? Ta honte L'empourpre; ta rougeur à la face me monte, Et ta faute cruelle a, comme un trait subtil, Blessé mon propre sein. Mais que te disait-il? Rien, vraiment ! Ce baiser? un bruit dans le feuillage! La brise! Non, Glaucc, ne mens pas davantage.
Lui posant la main sur le cœur.
Ces yeux mourants, ce cœur qui bat à se briser. Ces pâleurs... tu vois .bien que c'était un baiser !
GLAUCK, se jetant aux pieds de Diane
Grâce! grâce! pardon.
DIANE, sévère.
Relève-toi.
GLAUCE.
Diane!
Entends-moi.
DIANE, exaltée.
Tu connais la loi qui te condamne.
Pour vivre près de moi loin de l'homme odieux, Aux bois sacrés où sont empreints les pas des Dieux.