‹ Comédies (volume 3)Chapitre 47 sur 229 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

L fi A N D R E.

Amour, petit archer, fabricant de merveilles,

lO

7i Le Beau Léandre.

Oiseleur matinal, oui, c'est toi qui m'éveilles A cette heure où l'Aurore en les coloriant Ouvre d'un doigt rosé les huis de l'Orient !

Se tournant vers la maison d'Orgon, Chère maison, salut ! c'est ici que respire Cet astre devant qui le soleil devient pire, L'étoile de mes yeux et de mon firmament, Rosier, jardin fleuri, lys, perle et diamant. Fuseau qui de mes jours dévide la bobine, Cette délicieuse et jeune Colombine!

Tudieu ! le beau minois ! Quel grand œil bien fendu ! Quelle dent blanche à mordre en plein fruit défendu ! Et ces mains! et les pieds d'enfant! et le corsage. Luxueux ornement d'une fille encor sage Ou peut s'en faut I Jamais empereur en gala N'eut morceau plus friand et ne s'en régala. Beau Léandre, charmant Léandre, heureux Léandre, Vous avez, j'en conviens, du bonheur à revendre : Mais épouser! c'est grave. Aller mettre en un jour Sur deux fronts de vingt ans, l'éteignoir de l'amour ! Et puis elle n'a pas le sou! Je m'examine : Je vis de ma tournure et de ma bonne mine. Seul espoir des fripiers ! Serait-il pas fatal D'aliéner ainsi d'un coup mon capital?

L'amour seul bat monnaie, et l'hymen en détresse Bat tout au plus de l'aile! Éveillons ma maîtresse. Mais par quel artifice? Allons, mio caro. Une idée, un moyen? Casserai-je un carreau? Non pas. Si je chantais? Ce vieillard colérique, Orgon arriverait, tenant en main sa trique,

Page 1