ACTE 11, SCÈNE VI. 2i
DIANE, regardant Glaiiré, k Éros*
Érns, ma haine est morte, Et son aile, brisée enfin» n'a plus dTess or. Enfant, tu reverras ta mère aux cheveux d'or. Érosse relève, et, respectueusement incliné, baise la main de Diane.
G LAD CE, à part, avec une profonde mélancolie. Malheureuse! c'était l'Amour! ô lit de mousse! Forêt! Baiser d'un Dieu qui me hrûle! Heure douce, Enfuie, hélas! Pour moi qui marchais dans les fleurs, Quelles éternités cachent assez de pleurs!
ÉROS, attirant Diane à l'écart, et lui parlant tout bas. Oh! pendant cette nuit à l'haleine enchantée, Où, sous les rayons clairs de la lune argentée, S'ouvrait la rose, ô Dieux ! que sur ton front charmant Brillait arec fierté l'éclair du diamant 1
DIANE, de même.
Qu'il était adorable et calme, ce bois sombre, Où la brise, dormant sur les ailes de l'ombre, Voltigeait tout en pleurs du myrte à l'alcyon 1 Où tout ce qui s'émeut dans la création, L'air tiède, les rameaux, la source charmeresse, Murmurait à voix basse: « Amour 1 »
ÉROS
O chasseresse, N'y reverrai-je pas frémir ton voile bleu?
DIANE, comme à elle-même.
Aimer ! vivre ! ô mon cœur, c'était le rêve.
A. Éros, avec un détachement suprême.
Adieu !
▲près avoir salué de la main Éros, qui s'est assis sur le banc de pierre, Diane et ses Nymphes sortent en gravissant une à une la colline placée à gauche de la scène. Mélite et Eunice montent les premières, et s'avancent insoucieusement sans retourner la tête. Glaucé, en proie à une lutte indicible, meurt du désir d'envoyer
un suprême adieu à l'enfant dont elle sera séparée éternellement, mais elle triomphe de cette dernière douleur, et, pâle et tremblante, suit ses compagnes. Quand les Nymphes ont presque disparu, Diane qui, après elles, gravit le coteau, renverse sa tête en arrière, et envoie à Éros un adieu muet, ineffablement triste, que l'Amour lui rend par un geste de passion extasiée. Après une longue hésitation, la Déesse s'arrache â cette contemplation muette et part à son tour. Resté seul, Éros se relève, court au pied du coteau, et, courbé vers la terre, retenant son haleine , prête l'oreille pour écouter encore le bruit des pas de sa bien-aimée. Enfin, quand il n'entend plus que le silence, il s'avance devant le public, et prononce les vers suivants d'une voix émue et profonde :
ÉROS, au public.
Athéniens, la pièce est ici terminée.
Ainsi que les récits des filles de Minée, Ses contes de nourrice ont fait passer le temps. Rêver aux mois d'été sous les rameaux flottants *
Dans le grand palais vert de la nature fée, Croire que l'on entend au loin l'archet d'Orphée, N'est-ce pas le meilleur d'un monde où tout n'est rien? Or, notre comédie au voile aérien Est un songe entrevu dans le hois de délices Où le lys éploré regarde les calices Des étoiles, avant cette heure où l'aube naît Dans la brume d'opale. Aimez-la! si ce n'est Pour l'amour de la Muse, à présent dédaignée, Qui penche en soupirant sa tête résignée, Aimez-la pour celui que la blanche Cypris Endormait, rose et frêle, entre ses bras de lys, Et portait dans un pli de sa robe traînante ! En voyant que son aile émue et frissonnante S'envole dans l'azur et s'enfuit vers le jour, Applaudissez du moins pour l'amour de l'Amour!