‹ ComédiesChapitre 143 sur 271 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

VÉNUS

Il nous laisse à la fin! — Viens que je te regarde, Pomme rose! Qu'elle est gracieuse et mignarde! Les corolles en feu dont le nom m'est si cher Éblouissent moins qu'elle. On dirait que sa chair Est vivante, et sa peau rougissante et dorée Frémit à mon contact, comme une fleur pourprée. Respirant et flairant la pomme.

Suave et délicat parfum ! si pénétrant Qu'il me trouble, et je crois sentir, en respirant dette mystérieuse haleine avec délice, . Que sa verte fraîcheur dans mes veines se glisse. Rêvant.

Une pomme. Quel goût peut-elle avoir?

Approchant la pomme de ses lèvres.

Je puis Le savoir tout à fait. Je n'ai qu'à mordre.

Retirant vivement la pomme.

Et puis Après? Ce serait mal, car j'ai juré.

Avec un long soupir.

Mais comme Cela doit être bon de manger une pomme 1 Approchant encore, la pomme de ses lèvres.

Si je veux...

La retirant.

Non, c'est mal. Éteins-toi, mon désir, ' Meurs! si vous m'épiez, brise, tremblant zéphyr, Vous voyez que je suis sage et que je retire Mes lèvres de ce fruit caressant qui m'attire 1

Avec dépit.

Vraiment, cette Junon est heureuse. Elle n'a Qu'à parlerl On irait jusqu'au fond de l'Etna Pour chercher ce que veut son caprice farouche. Douce pomme! On dirait qu'elle baise ma bouche!

Parlant à la pomme.

Tu me tentes! Tu viens mêler ton souffle au mien, Charmer esse ! Va-t'en. Je ne veux pas.

Comme involontairement, elle donne un coup de dent et mord la pomme. Lui parlant.

Eh bien,

Folle !

Avec une philosophie résignée.

Tant pis* Le mal est fait. Il ne m'en coûte Pas plus d'en finir. Non. Je veux la manger toute. Ma foi ! Junon verra son espoir envolé !

scÊxa ni* 567 — ■ ■ — ■

Je m*en moque.

Mordant la pomme a bdlet dents.

Oh ! c'est bon, hem comme un fruit volù ! flV*t bon comme fin tout- fait à Junonl

Elle mange la pomme. Comme frappé a d'une idée subite :

Que dirai-je  Mercure?

Se rassurant tout de suite.

Après tout, il me tendait un piège !

Chacun le loue avec raison d'être éloquent I-3t beau diseur; mais il est Dieu, par conséquent Homme; sachant fort bien lancer une épigramme, Si Ton veut, mais sot. Moi, je suis doublement femme, A tout le moins ! Les gens du sexe fort sont nés Pour être des pantins qu'on mène par le nez.

Rasseyant sur le lit de repos.

Et je m'efforcerais à chercher que lui dire?

Des raisons? J'ai mes yeux. Des mots? J'ai mon sourire!

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