‹ ComédiesChapitre 237 sur 271 · ACTE II, SCI-: NE SU · texte numérisé non relu

ACTE II, SCI-: NE SU

DEÏDAMIA, à Perséis.

Toi, prends ce collier d'or avec ce bracelet.

A Thoé.

Toi, cette agrafe.

A Zeuxo.

Et toi, ces lourds pendants d'oreilles Pareils aux purs joyaux pleins de clartés vermeilles Que naguère Aphrodite a reçus de son fils.

A Achille.

Pour toi, qui parmi nous es ïa plus sage, Iphis,

Lui tendant une quenouille.

Prends, pour charmer tes yeux où le ciel se reflète, ê Cette quenouille, avec sa laine violette !

Comme Achille hésite, elle le regarde tendrement, et insiste.

Prends, chère âme. Elle est belle et d'un travail parfait.

ACHILLE, prenant la quenouille.

Oui, la quenouille sied aux femmes, en effet 1

L'épouse diligente, en sa maison tranquille,

Tient dans ses doigts pensifs la quenouille ; elle file,

Et sa laine toujours s'épuise, et le fuseau

Voltige dans sa main de lys, comme un oiseau,

Et toujours attentive et sans reprendre haleine

D'une main diligente elle file sa laine,

bougeant au cher époux qui d'un pays lointain

Doit revenir vainqueur et chargé de butin.

Où l'emportent les Dieux? Que fait-il à cette heure?

Peut-être sur le flot qui sanglote et qui pleure.

Son navire penchant sur quelque gouffre amer

Est encor le jouet des monstres de la mer,

Ou bien déjà peut-être il court dans les mêlées,

Terrible et menacé par cent flèches ailées ;

422 DEÏDAMIA.

C'est ainsi qu'elle songe à son époux absent.

Achille s'anime peu à peu, tandis que les Princesses, penchées ver» lui, tremblent qu'il ne se trahisse et qu'Ulysse et Diomède, espérant surprendre enfin son secret, i'écoutent curieusement.

Lui, cependant, couvert du casque éblouissant, Il tient son ennemi sous ses yeux, face à face. Il prend ses javelots et vise à la cuirasse.

Brandissant la quenouille comme une arme.

« Tiens, dit-il, déchiré par l'airain qui te mord, Sens tomber sur tes yeux les ombres de la mort! Tombe, victime offerte à la gloire d'Hélène l Meurs! »

DIOMÈDE, bas à Ulysse.

' Par les Dieux ! avec sa quenouille et sa laine, C'est Achille !

* ACHILLE, continuant.

« Meurs donc sous le soleil qui fuit, Et les chiens affamés viendront pendant la nuit Et te déchireront sous les murailles hautes ! »

L'Intendante, suivie de deux Servantes, est venue parler bas à Deldamia, qui tout à coup, interrompant Achille, s'adresse à Lycolûèutt.

DEÏDAMIA, à Lycomède.

Mon père, le festin préparé pour tes hôtes Les attend, et, lassés d'un long voyage, enfin Ils pourront à loisir rassasier leur faim Et boire les doux vins de nos coteaux prodigues.

LYCOMÈDE, à ses hôtes.

Venez donc.

ULYSSE

Nous avons affronté des fatigues Nombreuses, sans quitter l'épée aux clous d'argeitj Depuis que nous cherchons Achille, en voyageant

vers il, scÉNt; f, 423

Sur l'orageuse mer dm% de ftrôles nacelles.

Maïs elles ne sont rien, mon ftôtâ, nu près de celles

Qoe nous garde là-bas le fier Hector!

Tous sortent, ftïtepté Acliill-i qui, en proie 11 sea pensées* lient toujours dans sa main ia quenouille que lui a donnée Deïdamta. (Jelle-ci l'a d'abord suivi des yeux et a semblé vouloir aller vers lui ; mais, comme Diomède l'accompagne et lui parle bas, elle se borne à tourner vers Achille un regard d'intelligence et à lui adresser silencieusement une prière suprême.

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