SCENE PREMIÈRE
ULYSSE, puis D10MÈDE.
0 divine Athènè, toi qui dissipes l'ombre, Toi dont l'œil de hibou reluit dans la nuit sombre, Grâce à toi, je vais rendre un héros, en effet, À la clarté du jour !
A Diomède, qui entre.
Diomède, as- tu fait Venir Argyrte, avec sa trompette ?
DIOMÈDE
Moi-même Je l'ai caché. Le lieu convient au stratagème. Sur le rivage, près d'ici, baignés des flots, Sont de grands rochers noirs, elfroi des matelots, Dont ils brisent souvent les nefs dans leurs mâchoires. Leurs flancs sont déchirés par des cavernes noires Où se plaint un écho répété mille fois, Retentissant, et si sonore que nos voix,
430 n Et tu y ta.
Parmi ces rocs géants et convulsionnaires,
Roulaient avec le bruit affreux^ de cent tonnerres.
Certes, lorsqu'en ce lieu sinistre et souterrain
Argyrte embouchera la trompette d'airain,
On verra s'enfuir l'aigle ainsi que la colombe,
Et les morts pourront bien s'éveiller dans leur tombe I
Un chant accompagné par la lyre sera
Le signal; et sitôt qu'Argyrte l'entendra
Résonner ici, car cette caverne est proche,
Vite, le bruit affreux courra de roche en roche.
Mais, dis-moi, penses-tu qu'Achille, cette fois,
Se prenne à notre ruse ?
Oui. Lorsque cette voix Horrible de l'airain, mille fois répétée, Frappera de terreur son âme épouvantée, — Car alors il craindra pour Deïdamia Et pour ses jeunes sœurs, — lui que rien n'effraya, Tu le verras paraître avec le front d'Achille, Sous son déguisement à cette heure inutile, Et nous écartant tous pour s'ouvrir un chemin, Chercher fiévreusement une arme sous sa main.
Montrant une épéê, placée sur la table.
Et c'est pourquoi, d'ailleurs, j'ai mis là cette épée.
DIOMÈDE
Puisse-t-il donc, laissant sa parure usurpée, Se relever héros, pour briser les genoux Des Troïens abhorrés !
ULYSSE
Mais on vient. Taisons-nous.
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