‹ ComédiesChapitre 26 sur 271 · LA REVUE, SCÈNE IX · texte numérisé non relu

LA REVUE, SCÈNE IX

Elle-même! Monsieur hurle, monsieur proteste! Son toit croule, on empêche un incident funeste, On lui sauve la vie en le dédommageant, Mais il faut à monsieur sa baraque et l'argent!

TABARIN

Je n'ai pas de pignon sur rue !

LE GAMIN DE PARIS

Alors vous êtes Marchand de bric-à-brac ! Pour jeter ces sornettes Au nez des gens de bien, il faut avoir passé Le meilleur de sa vie à vendre un pot cassé, Sous prétexte qu'il fut cuit dans un four étrusque!

TABARIN

Insolent !

LE GAMIN DE PARIS

Les taudis où le larron s'embusque Valent bien en effet ce culte filial!

Et tout est compromis si le Palais-Royal, Retiré de la crotte environnante, échappe A la proximité du quartier Tirechappe!

TABARIN, à Aristophane.

Le laissez-vous aller?

LE GAMIN DE PARIS

Pourquoi pas? Je vous vaux, Et je vaux mieux, car j'ai l'amour des temps nouveaux!

Que nous veut la voix fatale De ce funèbre Mentor?

On installe Des bocaux au Lingot d'Or !

uu

A tous les coins on débite La prune aux douces saveurs.

Favorite Des dames et des rêveurs i

Et des anges privés d'ailes Se tiennent dans les chemins.

Très-fidèles, Avec des cuillers aux mains i

Qu'on élargisse les rues !

Nous pourrons de tout côté

Voir accrues Des boutiques de gaîté !

Qu'on détruise les cuisines Dangereuses aux rentiers!

Les usines Des criminels gargotiers,

Où des sauces fantastiques Font servir les animaux

Domestiques A des festins d'Esquimaux 1

Que la lumière pénètre Les antres où des pervers

Osent mettre Au vin bleu des cachets vertll

Que les halles égayées, Là même où se tient l'étal

Des criées, Gardent leur salon de bail

LA ft EVITE, 3 CÈNE IX,

Et qu'on chasse a toute outrance Ce baladin ijui maudit

Notre iïrancv Quand l'abondance j grand il !

Uuand chaque rail vers nous porte Avec les plus chauds Pomards,

La cohorte Des huîtres et des homards !

TABARIN

N'êtes-vons pas honteux de l'écouter?

Non certes, Il parle de bon sens.

TABARIN, au Gamin de Paris.

A plaisir tu dissertes !

ARISTOPHANE

Marteaux, frappez; creusez, pioches; croulez, vieux murs! On procède aux moissons dès que les blés sont mûrsl Moissonnons! et lançons dans l'espace équivoque On. chaque lune éteinte a jeté sa défroque, L'ancien travail nuisible aux travailleurs du jour : Laissons mourir les morts, les vivants ont leur tour! De la joie à plein cœur, du vin à pleine coupe 1 Car Paris étouffé s'élargit, car la troupe Des gais adolescents avides de soleil Aura sous les toits neufs un plus charmant réveil, Et Mai, multipliant grâce à nous ses rosées, Fleurira des jardins sur toutes les croisées!

TABARIN

L'idylle est sans portée !

40 LE FEUILLETON D ' AU 1 ST O 1» n A.N Ë.

ARISTOPHANE

Au cabaret, buvons !

A nos belles, aimons ! à notre œuvre, vivons I Le vin sera meilleur si la bouteille est fraîche ! C'est le gazon qui donne un lait pur à la crèche; Ce qui nous donne à nous le courage et l'amour, Soleil, c'est ta chaleur; ô mon Dieu, c'est ton jour!

TABARIN

Autant dire en trois mots, que tous ce qu'on renomme^ Nos gloires, nos aïeux, vous tuez tout !

LE GAMIN DE PARIS

Brave homme, Nous n'avons rien tué, mais nous ne voulons pas Unir l'âme à la pierre, et la vie au trépas ! Nos pères ont bâti, nous bâtissons encore, Nous voyons le midi dont ils ont vu l'aurore. Nous les suivons ! et fils des ouvriers fameux, Pour les bien honorer, nous travaillons comme eux! Nous anéantissons les greniers des poètes, Mais dans l'airain vaincu nous ravivons leurs têtes! Nous détruisons l'échoppe où Corneille attendait Le bouillon que pour lui Despréaux demandait; Mais la Maison de Ville, â tous hospitalière, Réserve une statue à l'histrion Molière ! Le café de Panard disparaît; mais bientôt Les couplets oubliés avant Clément Marot, Les virelais aigus, qui dans chaque province Etourdissaient le peuple et consolaient le prince, Vont au monde enchanté faire entendre à la fois Le merveilleux accord de leurs cent mille voix ! On chasse les truands; l'édile désinfecte Les bouges ; mais pourtant, un sculpteur architecte, Sur les frontons finis du vieux Louvre, a posé Ton corps parmi les fleurs, Diane de Brézé !

LA RE VUE , SCÈNE IX. il

Et remis aux panneaux de la sainte bâtisse Les formes que rêvaient Goujon et Primatice ! Partout de l'air, partout du jour ! Un arrêté Fait du bois de Boulogne un square illimité, Pave ses carrefours, éclaire ses allées, Et, sous les oasis naguère encor troublées Par le cri du gendarme accouru contre un duel, Dispose le terrain d'un Longchamps éternel ! Ainsi, ne ferme plus les yeux, ô bon ancêtre ! Regarde seulement Paris de ta fenêtre, Et puis admire enfin ! car ayant travaillé Pour les desseins de Dieu, qui sur nous a veillé, Nous avons accepté comme la loi première Que tout être vivant a droit à la lumière !

TÂBARIN, présentant de nouveau la pétition.

Donc, vous ne signez pas ?

ARISTOPHANE

Ton placet? Pauvre fou !

TABARIN

Eh bien donc, sur vous deux, puissent, on ne sait d'oû^

En votre Pompéi, pleuvoir des avalanches

De plâtre et de moellons, de vitres et de planches,

Et puisse votre corps être ensuite enterré

Dans un appartement fraîchement décoré !

Tabarin et le gamin de Paris sortent , chacun d'un côté différeitw

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