‹ ComédiesChapitre 265 sur 271 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

CLEOPATRE

Que puis-je dire, Quand ce que tu veux, tout mon être le désire I Pourtant je parlerai, cher seigneur, si nia voix Te plaît.

Quand je te vis pour la première fois, C'était sur le Gydnus. Le Ilot semblait sourire. Tu voguais, étonnant les cieux, sur un navire Dont la poupe était d'or; le radieux soleil Sur ses voiles de pourpre étincelait vermeil ; Les avirons étaient d'argent, et pleins de joie Tremblaient et frissonnaient les cordages de soie. Toi, couchée à demi sous un pavillon d'or, Et portant les habits de Vénus, mais encor Plus belle que Vénus, et gardant une pose Divine, tu brillais dans tes voiles de rose ! Tu montrais un lien de fleurs pour bracelet ; L'air était embaumé des parfums qu'on brûlait Sur ton vaisseau. Le peuple et moi, nous t'adorâmes. Des lyres par leurs chants guidaient le vol des rames, Et les flûtes mêlaient leurs voix à ce concert. Tout le troupeau charmant qui t'adore et te sert, Nymphes, Divinités, Grâces aux fiers visages, Néréides, faisaient obéir les cordages, Ou de leurs belles mains tenaient le gouvernail, Et de petits Amours agitaient l'éventail, Afin de rafraîchir la reine de Cythère, Vénus, l'enchantement et l'orgueil de la terre 1

CLEOPATRE

Puis Vénus amusa par un festin le dieu Bacchus ; il savoura les vins d'or et de feu, Et les rires alors voltigeaient sur sa bouche.

464 LA PERLK.

Car, ce jour-là du moins, le conquérant farouche Était dompté.

ANTOINE

Je veux retrouver ma Vénus !

Oui, celle que mes yeux virent sur le Cydnus, Et qui, dans une étrange et formidable fête, Me nomma son vainqueur.

Charmion entre et parle bas à Cléopâtre.

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