‹ ComédiesChapitre 28 sur 271 · LA REVUE, SCÈNE X, ÏJ · texte numérisé non relu

LA REVUE, SCÈNE X, ÏJ

ARISTOPHANE, jeu des PLÀIDBLRS.

Madame, calmez-vous.

LE ROI MIDAS

Cette intrigante emploie Son art à rabaisser l'argent, d'où naît la joie!

ARISTOPHANE^ même Jeu.

Elle a tort.

l'imprimerie.

Devant lui Midas est à genoux!

Le sot!

ARISTOPHANE

Midas, dis-tu? Midas! Entendons-nous!

Midas, notre Midas? le prince de Phrygie? L'élève de Silène à la face rougie?

LE ROI MIDAS

Oui, c'est bien moi, l'ami du grand vieillard pourpré :

Car je vis, et je suis immortel. Diapré

De métaux, créateur de toutes les merveilles,

J'ai gardé mes trésors.

XANTHIAS, à part.

Qu'a-t-il fait des oreilles?

ARISTOPHANE

Vous devez être vieux !

LE ROI MIDAS

Moi? pas du tout, mon cher.

L'or épure le sang et raffermit la chair. Le remède est coûteux pour vous, ô pauvres hommes, De vos sous amassés détenteurs économes! Mais, l'Or, c'est moi; je suis ma santé. Quelquefois, Étant trop bien portant, je me rince les doigts Pour les débarrasser d'un superflu de graisse. Aussitôt, le récit des conteurs de la Grèce

44 LE FEUILLETON D * A R 1 ST n P H AN Ë.

Se réalise, et l'eau devient or ; le Pérou A dû ses milliards, dont l'univers est fou, Aux soins minutieux d'une longue toilette.

Dieux ! comme je voudrais vous prêter ma euvette l

LE ROI MIDAS

L'Australie est mon bain : dans cet Eldorado J'ai posé mes dix doigts sur chaque filet d'eau, Et, depuis FOcéan jusqu'à l'humble rigole, Chaque courant y roule un sable de Pactole.

ARISTOPHANE

Sur le point de la carte où luit Van-Diemen,

Je sais, ô toi Midas, comment les gentlemen,

Pour fâcher l'Amérique à présent dégarnie,

Ont reproduit les puffs de la Californie.

Oui, la folie habite en ce brûlant décor

Où les Ophélias tachent de poudre d'or

Leurs lèvres, ces trésors de rouges églantines,

Et les petits doigts blancs de leurs mains enfantines.

Mais, la conclusion? J'ai hâte, soyez bref.

LE ROI MIDAS

Je pense être demain ton rédacteur en chef, J'achète ton journal.

ARISTOPHANE

Après?

LE ROI MIDAS

Je viens t'enj oindre D'avoir pour les rimeurs une affection moindre, Et de garder ton encre, ô donneur de conseils, Pour l'éloge éternel de l'Or, fils des soleils.

LA HEVCTE, SGÉ.NK X, 45

En ouvrant ton secrétaire, N'as-tu jamais écouté L'Argent et l'Or sédentaire Qui parlaient de volupté?

Les petites pièces blanches Qui t'offraient pour les hasards De tes amoureux dimanches L'orchestre de nos Musards ?

Les Louis et les Guinées Sifflant sur l'air souverain Des chansons illuminées Par l'éclair du vin du Rhin ?

Laisse aller la sotte race Du stoïcisme énervé!

L'Or, c'est la force vivace, C'est le grand levier trouvé!

C'est l'Art! Les financiers dotent

Les mérites apparents,

Et les Murillo se cotent

À des six cent mille francs !

C'est l'Amour! les indolentes Qui nous tiennent occupés A des prouesses galantes, Ne marchent pas sans coupés.

Il leur faut, quand elles passent, Rose aux lèvres, neige au sein, Les diamants qui s'entassent Chez Meurice et chez Fossin.

Pour guérir leur teint malade Qu'un peu dVnnui flétrira, En juillet il leur faut Bade, En novembre, l'Opéra.

L'Or, c'est l'éperon qui mène De la Maiche à Chantilly

Nos GJaucua, chaque semainef Au. turf toujours assailli.

C'est le timbre qui paraphe, Inventeurs, votre brevet; C'est le nouveau télégraphe Que l'ancien Titan rêvait!

Aussi la fashion errante Ne lit plus dans les journaux Que le roman de la rente Et l'idylle des canaux !

l'imprimerie.

Tu mensl Signe banal dont toute main s'arrange, L'Or se souvient toujours qu'il est né dans la fange; Mais le Livre, vainqueur du temps et du trépas, Nous donne les vrais biens qui ne s'achètent pas 1

En ouvrant quelque cher Livre, N'entends-tu pas une voix Dont le murmure t'enivre Comme une senteur des bois?

Voici qu'aux premières pages, Création et portrait, Chaste, parmi les ombrages Une figure apparaît.

LA BEVUE, SCÈNE X. 47

Cette amoureuse inquiéta, Avec ses pleurs séduisants, C'est Agnès ou Juliette En la fleur de ses quinze ans,

Et pourtant, c'est ta maîtresse !

Lys que rien ne peut ternir, Le zéphyr qui la caresse Te rapporte un souvenir I

Tous ceux que l'Inassouvie A fauché pour ses tombeaux, Le Livre tout plein de vie Te les rend jeunes et beaux !

Il te rend avec leurs charmes Tes rêves, pareils aux siens, Et la saveur de tes larmes, Et tous les espoirs anciens !

Car en sa raison féconde, Tour à tour doux et moqueur, Il est l'histoire du monde Comme celle de ton cœur.

0 familles printanières 1 Vous qui n'êtes jamais las D'errer au bord des rivières Quand fleurissent les lilas,

Couples enchantés de vivre, Cœurs de beaux feux embrasés, Comme vous prenez le Livre Qui conseille les baisers 1

48 LE FEUttLETOiV D ' A R F ST 0 P H AN E.

Quand l'hirondelle en novenihre Fuit au loin dans le cïe] bleu, Comme en la petite chambre Il vous rapproche du feu !

Oui, tu mens, comme la prose I Toi qui dans notre jardin Foules sous tes pieds ïa Toseî Car, malgré ton fier dédain,

Eu France, Û roi sans mémoire, On veut jusqu'au dernier jour lire des récits de gloire Et des histoires d'amour 1

ATUSTÛPHA1VK,

Oui, tant que tes coteaux, France amoureuse et blonde,

Recolleront les vins dont s'enivre le monde,

Toujours vers ton beau ciel tu lèveras les bras

Ainsi qu'une pré tresse, et tu demeureras,

En ton aventureuse et libre fantaisie,

Heine de la pensée et de la poésie!

L'Idée est tout, malheur à qui ne le sait pas!

* XA.NTB1AS,

Alors, malheur à moil J'aime les bons repas.

Au roi MidftS*

Lin bon filet de bœuf n'a rien d'hypo thé tique. Hein?

le nor MIOAS.

Je m'étais trompé; voilà le vrai critique 1

Il donne une bour&e h Xautliias.

Àmis prends cette bourse; aiguise bien tes dants,

Et puis mords! Tout, l'esprit du monde est là-dedans,

Tu seras, situ veux, aime d'une duchessel

LA 11EVCE, SCllNE XI. 49

LIMPRIMT-IUE h Aristophane.

Tiens, ami, prends ce Livre; il contient la richesse» Toujours l'humanité captive en ses liens Dépensera sa vie à chercher les faux Mens; Mais ce trésor ponrra te consoler de vivrel

1UDÂS, h- Xanlhiiiâ,

Adieu, prodigue l'Or!

L'IMPRIMERIE, à Aristophane.

Interroge le Livre!

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