‹ ComédiesChapitre 6 sur 271 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

XANTHIAS

(A la cantonade.) C'est bien, tes ordres seront exécutés. (Au public) Nous sommes à Athènes, vers la fin de la quatre-vingt-dixième olympiade. Je me nomme Xanthîa.%et mon maître s'appelle Aristophane. Il paraît, on dit, on affirme môme qu'Aristophane est poète. Moi, je le veux bien ; je suis un esclave si dévoué ! Cependant, (Regardant si personne ne l'écoute.) je puis me dire cela à moi-même, en monologue, comme dans les pièces de théâtre, cependant, j'ai cru m'apercevoir qu'Aristophane vit chichement du produit de ses œuvres. C'est bien fait! cela lui apprendra à être poète et à avoir du génie! Voyez, moi, moi... (Même jeu.) je peux toujours me dire cela en confidence, moi qui ne suis pas poète... pouah!... je me suis fait une industrie qui me rapporte à foison des lentilles, du froment, de la salaison... et du boudin*! On pourrait me de-

LE FEUILLETON D AH l 8 T 0 P H A N Ê,

mander.,, personne ne me 1li demande, mais qu'importe? je vais toujours me répondre! on pourrait me demander quelk c?t cette industrie si fructueuse? Là voici, Aristophane compose des remédies dans lesquelles il a la ptè? tention dépeindre les meeurs athéniennes. Mais, insouciant et difficile comme un poëte, il jette dédaigneusement sous sa table des bribes de scènes, des fragments des pièces qu'il rougit d'avoir faites. Moi, je les ramasse, je m'en empare , et tandis que mon maître recueille parfois des nuées et des sifflets pour prix de ses sueurs, moi timidement, modestement, je me fais ceindre le front de lauriers... dans les carrefours, où je fais déclamer, sous mon nom bien entendu , les parcelles qu'il a dédaignées. Et voilà comment sans talent, sans travail, je suis arrivé à me faire une position aussi luxueuse que douce !

Page 1